Par Zobel A Mbon
La cérémonie de lancement officiel dudit projet a été présidé par le ministre de l’élevage des pêches et des industries animales le docteur Taïga.
L’ambition est triple : former les hommes, équiper les embarcations, professionnaliser l’aval. afin de garantir des produits de qualité, sécuriser les revenus des familles de pêcheurs et rendre la filière compétitive face aux importations et sur les marchés d’export.
Le constat qui fonde le projet est implacable. Chaque année, le Cameroun injecte près de 300 milliards de frs cfa pour acheter du poisson, des crustacés et autres produits de mer à l’étranger. Et pourtant la pêche artisanale assure à elle seule 71% des prises nationales, soit 180 000 tonnes par an dont 6 000 tonnes de crevettes d’après les statistiques de la Fao. La pêche industrielle ne pèse que 7% avec 9 000 tonnes par an . Autrement dit, le potentiel existe mais reste sous-exploité.
Le pari Mousgoum : des pirogues “high-tech” à bas coût
Plutôt que d’importer des chalutiers à 1,5 milliard de Fcfa, Lothe Consulting products of sea S.A a choisi l’innovation frugale. La société équipe les pêcheurs Mousgoum du Nord-Cameroun avec des pirogues traditionnelles améliorées. Chaque embarcation reçoit un moteur hors-bord puissant à 350 000 frs cfa et un caisson isotherme intégré. Résultat : la chaîne de froid démarre en mer, limitant les pertes post-capture qui plombent la filière.
À cela s’ajoutent des filets sélectifs importés de Corée et du Japon, conçus pour limiter les prises accessoires et préserver la ressource. Un bureau d’études allemand travaille sur une nouvelle génération de coques en résine composite, garanties 20 ans, plus légères et résistantes au sel.
Formation, encadrement et traçabilité
20 pêcheurs salariés sont déjà opérationnels, Ils travaillent sous la direction d’un ingénieur halieutique nommé directeur technique. Lothe Consulting products of Sea SA a aussi intégré la traçabilité .Chaque caisse débarquée sera codée pour suivre le produit de la mer à l’assiette, un prérequis pour l’export vers l’Union Européenne.
L’entreprise prévoit d’ouvrir son centre de formation aux jeunes des quartiers côtiers de Douala avec pour objectif de transmettre les techniques de pêche durable, de manutention et d’hygiène aux prochaines générations.
Le projet ne s’arrête pas au débarcadère. Lothe Consulting finalise un partenariat de 9 mois avec La Navette pour le décorticage et le calibrage de la crevette. Les études de marché sont bouclées pour l’ouverture de 3 poissonneries modernes à Bonapriso, Malimba et à Douala, avec chambres froides et vitrines aux normes.
À moyen terme, un centre halieutique d’excellence doit voir le jour à Youpwê. Il intégrera une unité de conserve, une ligne de séchage et une usine de farine de poisson produite à partir des carcasses. Ce coproduit est très recherché en Allemagne et en Suisse pour l’alimentation animale haut de gamme.
L’État valide et accompagne
Le docteur Taïga a salué cette initiative privée qui “donne corps à la loi sur l’interprofession. Il a rappelé les appuis publics déployés tels que les laboratoires d’analyse accrédités, la nouvelle loi sur la pêche et l’aquaculture, les décrets d’application pour l’industrie halieutique, la construction des centres de formation à travers le pays.
« Ce projet s’inscrit directement dans le Plan d’Import-Substitution prôné par le Chef de l’État Paul Biya. Le gouvernement s’engage à accompagner toutes les dynamiques privées qui structurent nos filières », a affirmé le membre du gouvernement.
Avec des pêcheurs formés, des pirogues équipées, des marchés à l’export verrouillés et une usine de transformation en projet, Lothe Consulting products of Sea S.A transforme une contrainte nationale en opportunité économique. Louis Deschamps Lothin Elessa a fixé le cap : passer de 6 000 tonnes de crevettes captées à 6 000 tonnes valorisées et exportées. À Youpwê, la pêche artisanale vient de trouver son point d’appui industriel. Zobel A Mbon
