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Sénégal |Sonko et Diomaye, un duel de légitimité et de légalité

Le landerneau politique du pays de la Teranga devient un chassé- croisé des deux fondements du pouvoir. Chacun des deux politiques tient une face d’une même pièce. Zone trouble jusqu'en mars 2029?

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Par Léopold DASSI NDJIDJOU

Le Pastef (Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité) à l’épreuve de deux années de pouvoir, est déjà obligé de faire des ajustements pour continuer à tenir la dragée haute. Le premier couac entre le président de la République Bassirou Diomaye Faye et son premier ministre Ousmane Sonko a propagé les ondes d’un séisme de grande amplitude, à l’échelle de Richter.. Conséquence immédiate, Sonko a été viré de la primature pour aller trouver une bouée de sauvetage au perchoir de l’Assemblée nationale. La bataille larvée entre les deux hommes se concentre désormais sur le contrôle de l’appareil politique qu’est le Pastef. Sur ce terrain le samedi 6 juin dernier, Sonko a laminé sans état d’âme son ami d’hier et concurrent d’aujourd’hui, en se faisant élire à l’unanimité par les 1200 congressistes à la tête du parti. Un sacré pied de nez au président de la République qui n’occupe aucun poste.. Il est dès lors question de savoir comment Diomaye va gouverner! On croise les doigts pour qu’à l’Assemblée nationale, Sonko revête définitivement les habits d’un homme d’État en accompagnant son frère Diomaye jusqu’à la fin de son mandat en mars 2029 sans trop de casses.

Or le diable est effectivement sur l’autre face de la pièce Sénégal. En accompagnant gracieusement le pouvoir actuel sans se démarquer de ses prises de position, surtout de son idéologie africaniste très peu assumée, le Pastef risque de payer cash dans les urnes. Ce congrès est donc une aubaine pour donner une orientation claire et précise, en totale rupture avec celle conduite par Diomaye Faye depuis deux ans. La rupture tant annoncée dans les slogans au Pastef çà et là, est demeurée lettre morte. Diomaye Faye a été vite rattrapé par les réalités du pouvoir, par la realpolitik au point de faire de certains anciens présidents de la République ses mentors, à l’exemple du très controversé Abdoulaye Wade qui au terme de son mandat, voulait céder le pouvoir à son fils Karim contre la volonté du vaillant Peuple sénégalais.

Qui va tomber ?

La situation politique au Sénégal s’apparente à celle en cours en France depuis la malheureuse dissolution de l’Assemblée nationale par Emmanuel Macron. A la seule différence qu’au Sénégal, le Pastef est quasi dominant. Quelles manœuvres dispose encore le président de la République du Sénégal ? Dissoudre l’Assemblée nationale ? Possiblement mais pour quel résultat? Avec la mobilisation de samedi 6 juin dernier autour de Sonko, il va sans dire qu’il est sur un nuage avec le peuple sénégalais à jamais ligué derrière lui. Ou bien Diomaye Faye va -t-il faire le choix, comme il se dessine déjà, de ratisser large pour créer autour de lui une plateforme des partis opposés ouvertement au Pastef? C’est une option qui peut entretenir l’espoir pour les uns et les autres qu’en intégrant les rangs du gouvernement, ils vont se faire des provisions en vue des batailles de 2029. Le président aura alors besoin des hommes forts capables d’inverser la tendance dans différents fiefs politiques. Ce n’est là qu’une vue de l’esprit car la mobilisation monstre du pastef de samedi dernier, fait penser au mouvement Sopi du Parti démocratique sénégalais qui avait porté en son temps Abdoulaye Wade au pouvoir.

Dans le bras de fer qui s’annonce entre celui qui porte la légitimité populaire, Ousmane Sonko et celui qui détient la légalité du pouvoir, Bassirou Diomaye Faye, les signaux indiquent que l’issue est déjà écrite. Pour aller plus loin, le Sénégal qui est le laboratoire de la démocratie en Afrique subsaharienne et particulièrement francophone, semble davantage vouloir jouer avec Sonko la carte d’un panafricanisme plus intégral, débarrassé de tout complexe, On peut en juger par les propos sans équivoque de Sonko, qui dit tout haut ce que dans certains palais africains, on n’oserait même pas penser. Cette posture de rupture affirmée, agrège autour de lui un capital de sympathie politique qui dépasse le cadre du Sénégal. La comparaison ne saurait être raison, ce qui s’est passé au Burkina Faso en septembre 2022 entre le lieutenant-colonel Paul-Henri Damiba et le capitaine Ibrahim Traoré, semble si proche du Sénégal, si on fait fi de la force des armes. Le premier s’était rapidement installé dans le confort de la routine du pouvoir. Ce qui a entraîné son départ. Diomaye Faye est pour les réformes certes, mais pas au rythme et au goût du Pastef. D’ici à 2929, les choses seront on ne peut plus claires.

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