Par Zobel A Mbon
Acquitté à trois reprises, il dénonce un système judiciaire qu’il estime instrumentalisé et renseigne sur comment garder sa dignité derrière les barreaux. Le mur dont parle le professeur n’est pas seulement celui de la prison, mais aussi celui du soupçon, de la méchanceté, du silence qu’on vous impose ». A t-il élucidé pendant la cérémonie de dédicace devant un impressionnant parterre de personnalités. L’ ancien recteur de l’Université de Douala livre dans cet ouvrage, un témoignage sur ses années d’épreuves.
Longtemps privé de parole, il dit avoir été affublé de l’étiquette de « voleur de la République ». « Ce mot qui détruit une réputation bâtie en décennies d’enseignement et d’engagement. Qui efface une vie consacrée à former des générations d’étudiants au Cameroun, en Afrique et ailleurs a-t-il expliqué. Sa famille ses en a aussi payé le prix car plusieurs de ses petits-enfants ne l’ont connu qu’à travers les parloirs de Kondengui. Il n’a pas pu enterrer son épouse, décédée après 45 ans de mariage. Il regrette n’avoir jamais vu le corps de cette dernière.
5 ans de prison, 12 ans de procédure
L’auteur dit avoir passé 5 ans, 2 mois et 3 jours à la prison centrale de Kondengui. Durant sa détention, il aura subi trois opérations chirurgicales majeures. Mais pour lui, le calvaire aura duré 12 ans entre soupçon, isolement moral et combat judiciaire.
La justice l’a blanchi à trois reprises. D’abord le 30 janvier 2020, où il a été acquitté dans une affaire de détournement présumé de 343 millions FCFA. Le 21 juillet 2021, le tribunal administratif a annulé les sanctions du Conseil de discipline budgétaire et financier. Ensuite , le 24 mai 2023, il est de nouveau acquitté dans la procédure dite « des milliards ». « À chaque fois, le droit a été dit. La vérité a été reconnue », rappelle-t-il. Il ajoute cependant que l’acquittement ne rend pas la dignité volée et ne referme pas toutes les blessures ».
Pour montrer comment un dossier peut, selon lui, reposer sur « un mensonge délibéré , il cite les 618 millions FCFA liés à 115 retraits. Il aurait ordonné ces opérations sur un compte de l’Université à la Société Générale. Or, affirme-t-il, « ce compte n’a jamais existé. L’Université de Douala n’a jamais été cliente de cette banque. La Société Générale l’a confirmé par écrit au tribunal .
Rester libre intérieurement
Pourquoi ce titre, La prison me fut une grâce ? « On peut être enfermé sans être prisonnier dans sa tête. On peut être privé de liberté sans perdre sa dignité », répond t-il. Le livre raconte ses doutes, ses colères, ses silences, et ses questionnements face à Dieu .
Le Professeur Bruno Bekolo Ebé précise que son ouvrage n’est pas né « d’un désir de revanche » mais « d’un devoir de vérité ». Il veut témoigner de ce que vit un homme « pris dans les engrenages d’un système dévoyé par la méchanceté humaine .
