Par Sandra Embollo
Des accusations graves pèsent sur la police Émi-Immigration et des éléments de la brigade de gendarmerie de Boubara, opérant dans le village de Gbiti, département de la Kadey, arrondissement de Ketté, à la frontière entre le Cameroun et la République centrafricaine. Selon des témoignages concordants, ces forces de sécurité se livreraient depuis près de dix ans à des pratiques illégales et abusives, avec la complicité présumée de leur hiérarchie et de certaines autorités locales.
Les faits dénoncés concernent notamment le prélèvement arbitraire de taxes sur les marchandises appartenant aux commerçants centrafricains et camerounais, des activités relevant normalement des services douaniers. Il est également fait état de la taxation illégale des légumes transportés par les bayam-sellam, de la prorogation de récépissés de Carte nationale d’identité moyennant le paiement de 2 000 Fcfa, ainsi que de la déclaration de perte de pièces administratives imposée à un coût minimum de 5 000 Fcfa.
D’autres pratiques concernent l’exigence d’un paiement non justifié de 2 000 Fcfa pour toute personne traversant la frontière, ainsi que l’imposition de montants fixes par colis transporté. À titre d’exemple, un petit groupe électrogène serait taxé à hauteur de 5 000 Fcfa, tandis qu’un petit carton de savon ferait l’objet d’un prélèvement d’au moins 1 000 Fcfa.
Ces agissements ont fortement affecté l’activité économique de Gbiti, localité historiquement marquée par des échanges commerciaux intenses entre les populations camerounaises et centrafricaines. Près de 150 magasins seraient aujourd’hui fermés et abandonnés, de nombreux commerçants camerounais ayant quitté la zone pour s’installer ailleurs. Les commerçants centrafricains des localités voisines de Gbambia et Gaza préfèrent désormais parcourir plus de 70 kilomètres supplémentaires pour s’approvisionner à Kentzou, afin d’éviter Gbiti.
Village cosmopolite et stratégique avant la crise centrafricaine, Gbiti a longtemps été un point névralgique des échanges économiques, sociaux et familiaux entre le Cameroun et la République centrafricaine. Les pratiques dénoncées sont accusées de porter gravement atteinte à la libre circulation des personnes et des biens, à la cohésion sociale et au développement économique local, suscitant des appels à l’intervention urgente des autorités compétentes.
