Par Zobel A Mbon
Enquête sur un mirage judiciaire qui fracture les villages riverains.
Quand “l’argent des mouches” divise les populations_
L’enquête de terrain menée en janvier dernier dans les localités de Lendi et Poungou Aviation a révélé un spectacle désolant : celui de communautés divisées par des promesses financières non tenues.
Sur place, un terme revient comme une traînée de poudre : « l’argent des mouches ». Derrière cette expression se cachent des distributions de fonds opaques qui, loin de réparer un préjudice, ont brisé la cohésion sociale.
Alors que Me Rilov brandissait à Paris un front uni de plaignants, la réalité camerounaise affiche des désaveux massifs. Ouverture de comptes bancaires forcée, frais bancaires inutiles pour les villageois, contournement des chefs traditionnels…
Le récit médiatique se heurte à un mur de faits.
L’ENTRETIEN : « Nous sommes face à un braquage juridique »
Maître Ngatchuessi Kamdem, la Socapalm a-t-elle versé des indemnisations aux riverains ? Et quelle est l’origine de cet “argent des mouches” ?
Soyons précis. Parler de préjudice implique une faute, et la Socapalm n’en a commis aucune. Cet « argent des mouches » est le résidu d’une procédure initiée par une centaine de personnes représentées par le cabinet parisien Rilov. Ils ont tenté, par une assignation en référé en mars 2021, d’obtenir des documents sous astreinte. Ce n’est pas une victoire sur le fond, mais une manipulation de procédure.
On parle de promesses de 20 000 euros par plaignant. Beaucoup n’ont rien reçu et subissent des frais. Est-ce une publicité trompeuse ?
C’est une méthode de recrutement de clients basée sur des promesses illusoires, ce qui est extrêmement regrettable. Il est temps que les responsabilités soient établies, notamment concernant les agents de relais locaux qui entretiennent ce flou.
Les méthodes de Me Rilov, déjà vues au Cambodge selon certaines sources, sont-elles conformes à la déontologie de l’avocat ?
Absolument pas. Fixer des honoraires uniquement sur le résultat, ce qu’on appelle le pacte de quota litis, est strictement interdit en France. Pour moi, le terme est clair : il s’agit d’un « braquage juridique » teinté d’une gestion politique des affaires.
Des rumeurs de victoire à 140 000 euros ont circulé, créant de fortes tensions. Qu’en est-il réellement ?
Une confusion totale ! Il ne s’agissait que d’une astreinte technique pour un retard de communication de pièces, et non d’une reconnaissance de responsabilité de la Socapalm. Me Rilov n’a, à ma connaissance, rien fait pour dissiper ce malentendu qui a pourtant provoqué des espoirs démesurés et des déceptions amères dans les villages.
Quelle est la position de la Socapalm face à ces accusations de spoliation à Kribi ?
Les riverains ont été manipulés. La Socapalm a toujours respecté les droits des populations et contribue activement au développement régional. Face à cette tentative de déstabilisation, l’entreprise envisage de déposer plainte pour abus de procédure.
Un appel au dialogue responsable en guise de conclusion Maître Ngatchuessi Kamdem martèle la volonté de l’entreprise de rester ancrée dans la réalité locale plutôt que dans les prétoires parisiens : « La Socapalm est prête à discuter avec les riverains pour améliorer leurs conditions de vie. Nous privilégions le dialogue constructif aux procédures de recrutement douteuses. »
L’affaire Socapalm-Rilov semble désormais se jouer moins sur le terrain du droit que sur celui de la crédibilité. Entre les chiffres mirobolants annoncés en Europe et la détresse des villageois attendant un virement qui ne vient pas, le fossé n’a jamais été aussi grand.
