Par Mon’Esse
La Banque camerounaise dédiée aux petites et moyennes entreprises (Bc-Pme) a accordé pour 7,8 milliards de «prêts zombies» en 4 années, selon l’analyste politique Sob Amyn Fouejeu.
L’affaire, à l’en croire éclate en 2024 avec la découverte de 12 dossiers caractérisés par le renouvellement automatique de crédits malgré une rentabilité négative persistante (≥3 ans), une collusion triangulaire entre dirigeants de Pme, des agents bancaires et des élus locaux.
Le schéma d’évaluation fantôme, indique-t-il, consiste à surévaluer les stocks (+250% dans le cas d’une minoterie), à entretenir des circuits opaques à travers des prêts détournés vers l’immobilier luxueux ou l’importation de véhicules d’occasion.
L’impact financier de ces pratiques se traduira par une perte nette de 7,8 milliards de francs, soit l’équivalent à 15% du capital social de l’établissement, une dégradation du ratio cooke de 10% à 6,8%, sous le minimum réglementaire au sein de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac, 8%).
La crise multidimensionnelle et réputationnelle, qui s’ensuivra, sera notamment marquée par une chute de 35 points dans l’indice de confiance des entrepreneurs (baromètre Gicam 2025).
Créée en 2020 par l’Etat, ladite entreprise avait déjà, en 2016, enregistré des déficits de l’ordre de 1,3 milliard de francs, contre 1,15 milliard en 2017 et 1,1 milliard en 2018, d’après un rapport de la Commission technique de réhabilitation des entreprises du secteur public et parapublic (Ctr).
Sa situation financière se caractérisait alors par un déséquilibre sur toute la période étudiée, avec des pertes importantes et un produit net bancaire insuffisant pour couvrir les charges globales d’exploitation, notamment les charges de personnel.
Son activité spécialisée vers ses cibles restait également mitigée, à peine 10% des crédits octroyés étant des crédits à moyen terme alors qu’en moyenne, le reste était constitué de crédits à court terme.
En mai 2019 l’État, seul actionnaire, avait injecté 10 milliards de francs pour doubler le capital de la Bc-Pme sur la base d’un nouveau modèle économique, s’appuyant sur le financement indirect et le cofinancement auprès d’autres établissements commerciaux, avec un abandon progressif du financement direct des Pme au guichet.
Ouvert en juillet 2015, l’établissement, qui ambitionnait alors d’appuyer les investissements privés dans le domaine des Pme, mais aussi de l’artisanat, devait par ailleurs s’appuyer sur l’expertise d’organismes privés pour la gestion des risques.
Quelques mois plus tôt, le Fonds monétaire international (Fmi) demandait au gouvernement la réorientation du plan d’affaires d’une structure en mal de ressources financières.
Dans son rapport portant sur le plan directeur d’industrialisation du Cameroun, commandé par le gouvernement et publié en décembre 2018, le cabinet Basics International proposait pour sa part sa transformation en banque de financement et d’investissement ainsi que sa cotation en bourse, afin de transférer la majorité de son capital au privé et d’accroître ses fonds propres par une émission d’obligations.
