Par Joseph OLINGA N.
C’est une excursion dans le champ du possible pour se hisser au-dessus des défis existentiels afin de réussir dans la vie, sans se perdre dans les dédales de la corruption ambiante et rester fidèle a ses valeurs quelles que soient les circonstances, auquel nous convie Placide Ayissi Etoh. « L’un des hommes les plus illustres de tous les temps. » est un récit extraordinaire du parcours social et académique d’un enfant parti d’Essos, un quartier populaire de la ville de Yaoundé pour se hisser dans les hautes sphères de décisions de l’économie mondiale. Un récit dans lequel l’ancien conseiller économique du directeur exécutif du Fonds monétaire international, Justine Lagarde, explique a priori que la grandeur n’est pas le résultat existentiel des circonstances, mais une conséquence des décisions que chaque être prend, a sa ligne de discipline et a sa capacite a persévérer dans les épreuves, qu’importe leur intensité.
L’ancien du lycée Leclerc de Yaoundé d’où il sort parmi les majors avant de connaitre la déception d’une bourse d’étude retirée pour d’obscurs raisons martèle que le succès réel s’accommode peu de raccourcis ou de jérémiades. « Le succès réel nécessite l’acquisition de la connaissance, le dévouement a un travail acharne et la persévérance. » De même que ce pur produit de Sciences Po Paris, de l’Université de Georgetown aux Etats-Unis et de l’Institut d’études approfondies en économie public reste convaincu que les obstacles de la vie ne sont pas des signes d’échec, mais plutôt des tests de caractère. Un appel a créer des opportunités lorsque les portes semblent fermées.
Aude a la probité morale
L’évocation faite par l’auteur du livre L’un des hommes les plus illustres de tous les temps met en scène un homme qui avoue avoir subi la tentation d’emprunter les « Cercles noirs ». Proposition d’accéder à quelques succès autant retentissants qu’éphémères auxquels il a renoncé. Preuve illustrative que l’intégrité et la détermination peuvent conduire à des réussites durables. Mais aussi dénonciation sans fard de la corruption multiforme et endémique qui sévit dans les sphères publiques et privées. Des raisons pour Placide Ayissi Etoh de marteler que « L’intégrité n’est pas simplement un concept moral, mais un mode de vie qui façonne chaque décision, chaque action et chaque relation. » En filigrane, l’intégrité prônée par ce fin connaisseur des rues « Compliquées » de Yaoundé ne consiste pas seulement a faire ce qu’il faut quand c’est facile, mais a maintenir ses principes même lorsque cela est difficile ou impopulaire.
L’approche vertueuse et résiliente que propose le livre de 298 pages publiée par les éditions Middletown, aux Etats-Unis, c’est un livre de vie qui conseille le pardon et la maitrise de soi en face aux trahisons et aux déceptions de l’existence. L’auteur qui a connu les affres du racisme et des discriminations diverses pense que la rancune et la colère ont pour conséquences d’[emprisonner l’âme et d’empêcher l’épanouissement. L’auteur souligne a grand trait que choisir de pardonner c’est se libérer du ressentiment et se concentrer sur des buts nobles de la vie : l’humanisme. Des convictions ancrées dans son Adn et soutenu par la foi inébranlable en Dieu que cet intellectuel de haut rang. Placide Ayissi insiste sur le fait que « Les défis de la vie ne sont pas des attaques personnelles, mais des opportunités de croissance. » Une philosophie qui soutient le projet de société de ce consultant international en économie et en politique qui promeut « Sauver le Cameroun ». Une plateforme politique qui engage les composantes sociales, politiques, économiques et culturelles locales et celles de la diaspora a œuvré pour une solution consensuelle aux prédictions crisogènes que les observateurs projettent sur le Cameroun.
Interview
Placide M. Ayissi Etoh
Président National de « Sauver Cameroun »
« L’avenir du Cameroun ne doit pas dépendre des rivalités entre individus. »
Ancien conseiller économique du directeur exécutif du Fonds monétaire international, le consultant international en économie et en sciences politique qui promeut la plateforme «Sauver le Cameroun » prévient que les places financières internationales et les entrepreneurs économiques sont sensibles au climat social qui règne dans chaque pays. Le président de Save Cameroon suggère aussi la mise en place d’une dynamique visant à réunir les composantes sociales, politiques, économiques et culturelles locales pour juguler l’anxiété qui recouvre le pays depuis quelques temps. La dynamique portée par une synergie constituée des acteurs de diaspora camerounaise aux Etats-Unis et en Europe souligne aussi la nécessité d’établir des passerelles entre les camerounais de l’étranger et les acteurs sociaux locaux.
Le Chef de l’État est absent du Cameroun depuis le 7 juin 2026. Que pensez-vous de cette situation en termes de gestion de l’État ?
La fonction présidentielle est la plus haute magistrature de notre République. Elle incarne la continuité de l’État, l’unité nationale et le fonctionnement régulier des institutions. À ce titre, toute absence prolongée du Chef de l’État suscite naturellement des interrogations légitimes au sein de la population.
Je crois cependant qu’en démocratie et dans un État de droit, les commentaires politiques doivent toujours rester fondés sur le droit et sur les faits, jamais sur les rumeurs ou les spéculations. Ce qui importe avant tout, c’est que les institutions fonctionnent de manière transparente, conformément à la Constitution et aux lois de la République.
La Constitution du Cameroun organise les mécanismes de continuité de l’État en cas d’empêchement ou de vacance de la Présidence de la République. En particulier, l’article 6 de la Constitution du 18 janvier 1996 (telle que révisée en 2008 prévoit les modalités de constatation de la vacance de la Présidence de la République en cas de décès, de démission ou d’empêchement définitif, ainsi que les conditions dans lesquelles le Président du Sénat assure l’intérim jusqu’à l’organisation d’une nouvelle élection présidentielle.
La Constitution ne fixe pas, à elle seule, une règle générale selon laquelle une absence de plus de quarante jours à l’étranger entraînerait automatiquement la vacance du pouvoir ; la vacance doit être constatée selon les procédures constitutionnelles prévues.
Dans une démocratie moderne, la stabilité institutionnelle repose autant sur le respect des textes que sur la confiance des citoyens. Lorsqu’une situation exceptionnelle survient, la meilleure réponse est toujours la transparence institutionnelle. Les Camerounais ont droit à une information claire et régulière sur le fonctionnement de leurs institutions, car cette transparence renforce la confiance nationale et internationale.
Notre responsabilité collective n’est pas d’alimenter les inquiétudes, mais de défendre les principes de l’État de droit. C’est précisément cette culture institutionnelle que Sauver Cameroun entend promouvoir : des institutions fortes, des règles respectées et une gouvernance qui inspire confiance à tous les citoyens.
Cette gouvernance à distance donne lieu à des interprétations diverses. Notamment celles relatives à l’authenticité des signatures du Chef de l’État. Les vrais-faux décrets désignant un Vice-Président de la République et la réorganisation du gouvernement en rajoute à ce débat qui perdure…
Je voudrais d’abord rappeler un principe fondamental : la signature du Chef de l’État n’est pas un simple acte administratif. Elle représente l’autorité juridique suprême de la République. Elle engage l’État, garantit la sécurité juridique des décisions publiques et symbolise la continuité de nos institutions.
Toute polémique portant sur l’authenticité d’une signature présidentielle doit donc être abordée avec la plus grande prudence. En démocratie, il ne faut jamais substituer les spéculations aux preuves. Seules les autorités compétentes sont habilitées à authentifier les actes de l’État.
En revanche, cette situation nous rappelle une exigence essentielle de la bonne gouvernance : les institutions doivent être suffisamment solides pour préserver en permanence l’intégrité des actes publics. Dans toutes les grandes démocraties, la crédibilité de la parole de l’État constitue un capital institutionnel irremplaçable.
Le grand sociologue Max Weber rappelait que la légitimité de l’État repose sur des règles impersonnelles et sur le respect des procédures. De son côté, Montesquieu soulignait que les lois sont la meilleure protection contre l’arbitraire. Plus récemment, les travaux de Douglass North ont montré que la qualité des institutions est l’un des principaux déterminants du développement économique, tandis que les principes de gouvernance de l’Ocde insistent sur la transparence, la responsabilité et la sécurité juridique comme fondements de la confiance publique.
Si les citoyens venaient à douter de l’authenticité des actes les plus solennels de la République, c’est toute la confiance dans l’État qui pourrait être fragilisée. Or une nation ne peut durablement prospérer sans confiance dans ses institutions.
Pour ma part, je refuse d’alimenter les polémiques. Je préfère défendre un principe simple : les actes de l’État doivent être incontestables, transparents et protégés par des procédures institutionnelles robustes. La force d’une République ne réside pas dans les personnes, mais dans la crédibilité de ses institutions.
Quel est l’impact des luttes de succession au Chef de l’État, notamment les divisions au sein du sérail autour du Chef de l’État, sur l’environnement global ?
Je préfère ne pas personnaliser le débat politique ni commenter les dynamiques internes d’un camp politique. Ce n’est pas là que se trouve, selon moi, la véritable question.
Dans une République démocratique, la seule succession pleinement légitime est celle qui résulte du choix souverain du peuple exprimé dans les urnes. Les débats internes aux partis ou aux cercles du pouvoir sont secondaires par rapport au principe fondamental de la souveraineté populaire.
L’article 2 de la Constitution du Cameroun est très clair : la souveraineté nationale appartient au peuple camerounais, qui l’exerce par ses représentants élus ou par voie de référendum. C’est cette disposition qui doit demeurer notre boussole.
L’avenir du Cameroun ne doit pas dépendre des rivalités entre individus, mais de la force de nos institutions démocratiques. Lorsque les règles sont respectées, les transitions politiques deviennent normales, prévisibles et pacifiques.
Chez Sauver Cameroun, nous défendons une vision différente de la politique. Nous voulons remplacer la logique des personnes par la logique des institutions, la compétition des clans par la compétition des projets, et les rapports de force par le débat démocratique.
Le véritable enjeu n’est donc pas de savoir qui succédera à qui. La véritable question est de savoir quel projet les Camerounais choisiront librement pour construire leur avenir. C’est au peuple, et à lui seul, qu’appartient cette décision.
Ce climat est-il susceptible de provoquer l’implosion du Cameroun que redoutent certains observateurs nationaux et internationaux (GECAM, syndicats d’industriels, Banque mondiale, FMI et investisseurs potentiels) ?
Je comprends que les périodes d’incertitude politique puissent susciter des préoccupations chez les citoyens, les entrepreneurs, les investisseurs et les partenaires internationaux. Dans tous les pays, les marchés apprécient avant tout la stabilité institutionnelle, la prévisibilité des décisions publiques et la sécurité juridique.
Il serait toutefois excessif de conclure que le Cameroun est voué à l’implosion. Notre pays possède des ressources humaines exceptionnelles, une administration expérimentée, une économie diversifiée et une longue tradition de coexistence entre des populations aux identités multiples. Ces atouts constituent des facteurs importants de résilience.
Il existe certes des risques liés à toute période d’incertitude. Les investisseurs peuvent différer certains projets, les entreprises peuvent adopter une attitude d’attente et les ménages peuvent manquer de visibilité. Mais ces difficultés ne sont pas une fatalité. Elles peuvent être surmontées par le dialogue, la transparence institutionnelle et le respect scrupuleux de l’État de droit.
Le message que je souhaite adresser aux Camerounais est donc un message de calme et de confiance. Notre responsabilité collective est de préserver la paix civile, de rejeter toute forme de violence et de privilégier les mécanismes démocratiques prévus par la Constitution.
Aux partenaires économiques, je veux dire que le Cameroun a vocation à demeurer un pays stable, ouvert aux investissements et respectueux de ses engagements. La stabilité politique durable ne se construit ni par la peur ni par les divisions ; elle se construit par des institutions fortes, une justice indépendante, des élections crédibles et une gouvernance responsable.
C’est précisément cette vision que porte Sauver Cameroun : rassembler les Camerounais autour d’un projet national fondé sur la compétence, la justice, la confiance et l’intérêt général. Notre ambition n’est pas d’exploiter les inquiétudes du moment, mais de construire les institutions qui permettront au Cameroun de traverser sereinement les générations.
Entretien avec Joseph OLINGA N.
