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Cameroun | Maurice Kamto dénonce un « coup d’État constitutionnel » et appelle à la mobilisation citoyenne

L’opposant camerounais Maurice Kamto alerte sur une crise politique majeure au Cameroun, accusant le régime en place de manipuler la Constitution pour organiser une transmission du pouvoir en dehors de toute légitimité démocratique.

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Par Ilyass Chirac Poumie

Au Cameroun, le leader du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), Maurice Kamto, a livré une charge virulente contre le pouvoir en place, qu’il accuse d’orchestrer un « coup d’État constitutionnel ».
Dans une déclaration adressée à ses compatriotes, l’opposant affirme que le pays traverse « une crise politique et institutionnelle sans précédent », marquée par la perte de légitimité des principales institutions issues du suffrage.
Il dénonce notamment la prolongation des mandats des députés et des conseillers municipaux, ainsi que le report des élections législatives et locales, qu’il qualifie de violations de la Constitution visant à maintenir le régime au pouvoir.
Selon Maurice Kamto, le projet de révision constitutionnelle introduit début avril 2026, prévoyant la création d’un poste de vice-président nommé par le chef de l’État, constitue une dérive grave. Il estime que cette réforme ouvre la voie à une transmission du pouvoir « de gré à gré », sans passage par les urnes.
L’opposant y voit une tentative d’instaurer une « monarchie républicaine », voire un système à caractère dynastique, en contradiction avec les principes démocratiques garantis par la Constitution.
Il accuse également le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) de nourrir une « peur viscérale des élections », affirmant que le parti au pouvoir ne se maintient que grâce à des mécanismes de fraude électorale et au soutien des appareils administratifs et sécuritaires.
Maurice Kamto appelle les parlementaires à rejeter toute réforme qui « détruit les fondements de la République » et estime qu’un tel changement constitutionnel devrait obligatoirement être soumis à référendum.
S’adressant directement aux citoyens, il les exhorte à se mobiliser contre ce qu’il qualifie de dérive autoritaire, annonçant le lancement prochain d’une pétition nationale pour permettre aux Camerounais d’exprimer leur rejet de la réforme.
Il conclut en appelant le peuple à reprendre son pouvoir souverain lors des prochaines échéances électorales.

Cette prise de position intervient dans un contexte de fortes tensions politiques au Cameroun, après l’élection présidentielle contestée du 12 octobre 2025 et le report des élections législatives et municipales.
Le projet de révision constitutionnelle du 2 avril 2026, portant notamment sur la création d’un poste de vice-président, suscite de vives réactions au sein de l’opposition, qui y voit une remise en cause des principes démocratiques et de l’alternance politique.

LIRE | ECOUTER EN INTÉGRALITÉ LE DISCOURS DE MAURICE KAMTO

Mes chers compatriotes,
Depuis près d’un an, le champ politique était entièrement livré à ceux qui affirmaient que j’étais, depuis des années, l’obstacle à la formation d’une coalition des partis politiques et des candidats de l’opposition, seule capable de remporter une victoire électorale face au régime dictatorial en place.
Par une décision brutale et sans précédent de ce régime, je n’ai pas été candidat à l’élection présidentielle de 2025. Pourtant, les Camerounais n’ont vu émerger aucune coalition, ni entre les partis politiques et les candidats de l’opposition, ni même entre ces derniers.

Certains acteurs politiques, qui avaient passé leur temps à vendre des illusions à la jeunesse camerounaise, prétendaient disposer d’une autre voie que les élections pour venir à bout du régime et apporter le changement radical tant attendu. Les Camerounais ont attendu… mais n’ont rien vu.
L’élection présidentielle du 12 octobre 2025 a eu le mérite de provoquer un électrochoc sur la scène politique nationale.
En tant que dirigeant d’un parti politique, et non en tant que simple ministre, je reste convaincu que la voie électorale permet de créer les conditions d’une alternance dans une société qui se veut démocratique, même lorsque ses dirigeants n’y croient pas réellement.
Je m’adresse à vous aujourd’hui parce que notre pays est entré dans une nouvelle phase politique, plus critique et plus dangereuse que jamais. Dans le prolongement de l’élection présidentielle du 12 octobre 2025, je le fais au nom d’un triple devoir : celui de vigilance, de vérité et de responsabilité.

Le devoir de vigilance m’impose d’alerter les Camerounais sur les manipulations dangereuses du calendrier électoral par le régime du RDPC. Celles-ci ont commencé, ces dernières années, par la prolongation des mandats des députés et des conseillers municipaux, entraînant le report des élections législatives et municipales de 2025 à 2026 pour des motifs fallacieux.
À l’origine, ce report visait à sanctionner le MRC pour son refus de participer aux élections couplées de 2020. J’avais alors attiré l’attention de nos compatriotes sur cette violation de la Constitution, notamment de son article 15, alinéa 4. On nous avait répondu que nous n’avions qu’à participer aux élections, comme si le boycott d’un parti pouvait justifier une violation de la loi fondamentale.
Le véritable objectif du régime Rdpc reste la conservation du pouvoir à vie, à n’importe quel prix.
Aujourd’hui, en 2026, ce régime récidive en piétinant à nouveau la Constitution : prolongation répétée des mandats des députés, manipulation de la loi électorale pour lever toute limitation concernant les conseillers municipaux.
Nous sommes désormais face à un pouvoir dépourvu de toute légitimité démocratique. En effet, toutes les institutions issues du suffrage sont aujourd’hui discréditées :

L’élection présidentielle est contestée ;
Les députés ne sont plus issus du suffrage populaire ;
Les conseillers municipaux non plus ;
Les conseillers régionaux tirent leur légitimité de ces élus eux-mêmes illégitimes.
Sous une apparente stabilité, notre pays traverse en réalité une crise politique et institutionnelle sans précédent.
Dans le passé, on cherchait au moins à sauver les apparences. Aujourd’hui, le roi est nu.
Comme si cela ne suffisait pas, le Président de la République a interrompu les travaux parlementaires pour introduire un projet de révision constitutionnelle créant un poste de vice-président, nommé et révocable à sa guise.

Lors de sa prestation de serment du 6 novembre 2025, il s’était engagé à protéger la Constitution. Moins de six mois plus tard, il la viole ouvertement.
Aucune explication n’a été donnée au peuple, aucune concertation n’a été engagée, pas même avec les forces politiques représentées au Parlement.
Deux vérités se cachent derrière ces manœuvres :
La première est la peur viscérale du RDPC face aux élections. Héritier du parti unique, il ne se maintient que grâce à une ingénierie de fraude électorale, avec la complicité de certaines autorités administratives et des forces de sécurité.
La seconde est la volonté d’organiser une transmission du pouvoir de gré à gré.
Cette dérive a commencé dès 2019, avec la délégation de signature au Secrétaire général de la présidence. Elle se poursuit aujourd’hui avec ce projet de révision constitutionnelle.

Nous sommes face à un véritable coup d’État constitutionnel.
L’article 64 de la Constitution interdit toute révision portant atteinte aux principes démocratiques. Or, ce projet crée une passerelle permettant à une personne non élue d’accéder à la présidence de la République.
C’est une régression grave. Pire encore : une dérive vers une monarchie républicaine, voire une dynastie.
Mesdames et Messieurs les parlementaires,
Vous ne pouvez pas voter une loi qui détruit les fondements de notre République.
Une telle réforme aurait dû être soumise au peuple par référendum.
Le Rdpc croit être éternel, mais il se trompe. Dans une République, le pouvoir appartient au peuple.
Chers citoyens,
Souvenez-vous du mépris dont vous êtes constamment l’objet. Refusez ce coup d’État constitutionnel lors des prochaines échéances électorales.
Le Rdpc évite aujourd’hui les élections parce qu’il craint sa défaite.
Nous devons empêcher cette dérive politique de prospérer.

Nous lancerons une pétition nationale afin que chaque Camerounais puisse s’exprimer librement, au-delà des clivages politiques.
Le peuple souverain doit reprendre la parole et décider :
Qui est le véritable Président de la République ;
Qui sont les véritables représentants du peuple ;
Qui détient réellement la légitimité.
Le jour se lèvera sur notre pays.
Vive le Cameroun !

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