Par Léopold DASSI NDJIDJOU
Paul Biya est désormais et de manière incontestable le seul maître à bord de la barque Cameroun. Tous les pouvoirs de l’Etat sont désormais sous ses pieds et notamment les mécanismes institutionnels qui règlent la question de la succession en cas de vacance du pouvoir au sommet de l’État.
Avec une certaine précipitation qui cache une intention inavouée selon les déclarations du sénateur issu des rangs du Rdpc, René Ze Nguélé, ces modifications non seulement trahissent la mollesse des institutions de la République, mais davantage consacrent Paul Biya comme un monarque qui tient son pouvoir depuis 1982 des mécanismes constitutionnelles nées de la seule volonté d’Ahmadou Ahidjo, l’illustre prédécesseur du locataire du palais de l’Unité.
Au regard des dernières modifications, Paul Biya est engagé dans la même voie, de mettre le peuple souverain au banc de touche dans le choix du président de la République. Il remplace le souverain, le frustre de son droit de choisir librement qui après lui, va présider aux destinées de la République. Il transmet le pouvoir à qui il veut sans aucune opposition. Ahmadou Ahidjo avait certainement une grande vision du Cameroun car lui qui était du nord du pays et dans un contexte de parti unique, n’avait pas jugé bon de nommer quelqu’un de sa famille biologique ou de sa communauté. Rien ne lui interdisait de nommer un autre Premier ministre en remplacement de Paul Biya.
Avec les dernières modifications opérées ces derniers jours, il est possible que le régime aille un peu plus loin car un boulevard est désormais ouvert devant le vice-président. D’abord, il y a la Constitution. La création d’un poste de vice-président vient détrôner le président du Sénat de ses prérogatives d’assurer l’intérim présidentiel en organisant l’élection du nouveau président à laquelle il ne prend pas part. Désormais, en cas d’empêchement définitif au sommet de l’État, c’est le vice-président qui est constitutionnellement compétent, non pas pour assurer l’intérim mais pour terminer en tant que président de la République, le mandat de son prédécesseur. Il a la possibilité, à la fin du mandat en question, de se présenter au prochain scrutin. C’est une porte ouverte à ce que certains appellent, et cela a tout son sens ici, une succession de gré à gré. Cela signifie que le successeur de Paul Biya devra son pouvoir à Paul Biya et rien qu’à Paul Biya et qu’à son tour, il en usera à sa guise et au moment de s’en aller, il passera le témoin à quelqu’un de son choix. Dans cette configuration, le Peuple est hors jeu. Il n’a pas choisi le président de la République, on le lui a imposé. C’est exactement comme cela que fonctionne les monarchies à la différence qu’au sein des monarchies dynastiques, le successeur du roi ou du monarque a un lien de sang avec lui.
Ensuite la loi portant organisation et fonctionnement du Conseil constitutionnel, modifiée en ses articles 38 et 39, vient déposséder le Conseil constitutionnel de ses prérogatives de constater la vacance au sommet de l’État. Il est vrai que le vice-président de la République informe le Conseil constitutionnel de la vacance et que ce dernier la rend publique en délibérant à la majorité de 2/3 de ses membres.
Par cet acte, le vice-président qui prête serment devant lui, est désormais président de la République. Full stop! C’est à dire que le vice-président doit être quelqu’un de très proche du président de la République pour être en capacité d’affirmer sans aucun doute, la matérialité de la vacance du pouvoir. Le mystère s’épaissit lorsqu’on sait que c’est généralement la famille proche des hommes d’influence qui annoncent le plus souvent leur décès. Paul Biya choisira -t-il quelqu’un des siens comme vice-président? Il consacrerait dans ce cas ipso facto, un régime monarchique dynastique.
Pour donner un peu d’air à ce vice-président pour qui Paul Biya prépare tout, on a repoussé l’organisation des élections législatives et municipales le plus loin possible. Il est question de gagner du temps, de se faire la main après la tenue de l’élection présidentielle d’octobre dernier. Paul Biya était sorti de là avec son plus bas score jamais enregistré depuis octobre 1992. Dans la foulée, s’il avait organisé une élection, la sanction aurait été des plus nettes. Pour terminer, il convient de noter toutefois que la prorogation de mandat des élus, ne signifie nullement la prorogation des élections.
