Par Ilyass Chirac Poumie
Project C, un mouvement de Camerounais de la diaspora engagé pour une transition pacifique et démocratique, a adressé ce 17 novembre 2025 une lettre ouverte au pape Léon XIV. Le groupe implore le souverain pontife de ne pas permettre que sa future visite au Cameroun soit utilisée pour « légitimer une élection volée », faisant référence au scrutin controversé du 12 octobre.
Dans ce document particulièrement sévère, Project C affirme que
« des millions de Camerounais ont voté pour Issa Tchiroma Bakary »
et que les observateurs catholiques, notamment sous la coordination du père Ludovic Lado, auraient documenté une victoire du candidat de l’opposition à plus de 62 %, contre 26,7 % pour Paul Biya. Le mouvement dénonce un « renversement frauduleux » orchestré par les institutions électorales et validé par le Conseil constitutionnel.
La lettre condamne également la « répression brutale » qui aurait suivi les manifestations post-électorales : morts de civils, arrestations massives, coupures d’Internet et déploiements militaires. Project C accuse les évêques camerounais de « silence » et estime que l’Église risque un « effondrement moral » si elle ne reconnaît pas publiquement ce que ses propres observateurs auraient constaté.
Le mouvement appelle le pape à poser plusieurs conditions avant toute visite au Cameroun : obtenir et publier les preuves électorales, rencontrer d’abord le père Lado, convoquer les évêques, et demander des explications au nonce apostolique, accusé d’avoir « validé » le régime en place.
« N’allez pas au Cameroun pour bénir les mensonges. Allez pour exiger la vérité. Ou n’allez pas du tout », conclut la lettre, qui place le pape face à ce qu’elle décrit comme « un choix entre prophétie et complicité ».
Le scrutin présidentiel du 12 octobre 2025 au Cameroun reste fortement contesté par une partie de l’opposition et de la société civile, qui accuse le régime de Paul Biya, au pouvoir depuis 1982, d’avoir manipulé les résultats. Des vidéos montrant des fidèles catholiques réagissant bruyamment au titre de « président » attribué à Paul Biya par le nonce apostolique avaient circulé sur les réseaux sociaux, nourrissant le débat autour du rôle de l’Église dans la crise politique actuelle. Project C se présente comme un mouvement citoyen de la diaspora mobilisé pour encourager la participation démocratique et défendre la transparence électorale.
