Par Ilyass Chirac Poumie
À l’Assemblée nationale, l’intervention de Jean Michel Nintcheu a marqué les débats sur le projet de loi visant à proroger une nouvelle fois le mandat des députés. S’adressant au président de séance et au ministre en charge du dossier, l’élu a qualifié l’exposé des motifs du texte de “copier-coller” de celui utilisé l’année précédente, dénonçant une “insulte à l’intelligence nationale”.
Tout en reconnaissant la légalité du recours à la prorogation des mandats prévue par la Constitution, il a fustigé ce qu’il considère comme une interprétation “fantaisiste et biaisée” de l’article 15(4), accusant le gouvernement d’en faire un instrument politique destiné à éviter un verdict des urnes jugé incertain.
Le député a également remis en cause les arguments financiers avancés pour justifier ce nouveau report des élections législatives. Selon lui, les difficultés budgétaires invoquées ne sauraient tenir dans un contexte marqué par de nombreux scandales financiers et une gestion décriée des ressources publiques. Il a notamment évoqué plusieurs affaires ayant, selon diverses sources, entraîné des pertes considérables pour le trésor public.
Sur le plan politique, Jean Michel Nintcheu a posé la question de la légitimité des députés dont le mandat serait prorogé pour la seconde fois consécutive, notamment en perspective des réformes constitutionnelles annoncées. Il a ainsi appelé au rejet du projet de loi et plaidé pour l’organisation d’un référendum afin de soumettre les réformes à la souveraineté populaire.
Au Cameroun, la prorogation du mandat des députés est encadrée par la Constitution, notamment en cas de contraintes exceptionnelles. Toutefois, le recours répété à cette disposition suscite des critiques croissantes au sein de la classe politique et de l’opinion publique, dans un contexte marqué par des tensions électorales et des débats sur la gouvernance et la transparence institutionnelle.
