Par Hajer Elina
Dans une analyse au ton engagé, le Pr. Kourra Félicité Owona Mfegue exprime ses inquiétudes face au projet de révision constitutionnelle en cours au Cameroun. Elle y dénonce une évolution qu’elle qualifie de « bâtardisation » de la Constitution, en référence à une perte de cohérence structurelle du régime politique.
L’universitaire revient sur l’esprit originel de la Constitution de 1996, conçue sous l’influence du Pr. Joseph Owona, qu’elle présente comme un texte équilibré, fondé sur un exécutif fort mais encadré par un Parlement actif et une justice indépendante. Selon elle, cet équilibre s’est progressivement érodé.
Elle identifie un tournant majeur avec la révision constitutionnelle de 2008, marquée par la suppression de la limitation des mandats présidentiels, perçue comme une rupture dans la logique d’alternance démocratique. Depuis lors, estime-t-elle, le système aurait glissé vers un hyperprésidentialisme.
Le projet de réforme de 2026 suscite, à ses yeux, de nouvelles préoccupations, notamment avec l’introduction envisagée d’un poste de vice-président aux côtés d’un Premier ministre. Cette configuration, décrite comme « bicéphale », créerait une superposition des rôles et une confusion institutionnelle, notamment en matière de succession au sommet de l’État.
Pour le Pr. Owona Mfegue, ce modèle hybride, inspiré de systèmes étrangers mais dépourvu de leurs mécanismes d’équilibre, risque d’aboutir à un régime « incertain » et difficilement lisible. Elle y voit une dénaturation progressive de la pensée constitutionnelle initiale, dans laquelle la Constitution devait avant tout encadrer et limiter le pouvoir.
Sans se positionner dans une logique de condamnation frontale, l’universitaire présente sa réflexion comme une invitation au débat, appelant à une vigilance accrue quant à la cohérence et à l’efficacité des réformes institutionnelles envisagées.
Le Cameroun connaît depuis plusieurs années des débats récurrents autour de ses institutions. La Constitution de 1996, révisée en 2008, constitue le socle du système politique actuel. Le projet de réforme en discussion, incluant la création d’un poste de vice-présent, relance les interrogations sur l’équilibre des pouvoirs et l’évolution du régime.
