Par Hajer Elina
La construction du nouveau siège de l’Assemblée nationale, désigné “Palais de verre”, est au cœur d’une vive polémique. Présenté officiellement comme un don de la République populaire de Chine, le projet suscite aujourd’hui de fortes interrogations sur sa structure de financement et la gestion des fonds publics.
Selon des révélations d’une source à Panorama Papers, le coût initial du projet était estimé à environ 60 milliards de francs Cfa, avec une contribution attendue du Cameroun limitée à 10 %, soit environ 6 milliards de francs Cfa. Toutefois, ces mêmes révélations indiquent que des décaissements annuels portent la contribution totale de l’État camerounais à près de 36 milliards de francs Cfa sur plusieurs années.
Ces écarts alimentent des soupçons de détournement ou de mauvaise gestion, d’autant plus que la Chine affirme, de son côté, avoir financé l’essentiel du projet dans le cadre de la coopération bilatérale. Cette double revendication sur le financement soulève des interrogations sur la destination réelle des fonds publics engagés.
Par ailleurs, toujours selon des révélations d’une source à Panorama Papers, des exonérations douanières ont permi l’importation de matériaux en quantités largement supérieures aux besoins du chantier. Une partie de ces équipements est réorientée vers des circuits commerciaux parallèles, sans confirmation officielle à ce stade.
Autre point controversé : l’organisation d’une seconde cérémonie liée à l’infrastructure, assimilée à un “baptême”, engendre des dépenses supplémentaires estimées à plus d’un milliard de francs Cfa.
Face à l’ampleur des accusations, des voix s’élèvent pour réclamer l’ouverture d’enquêtes par les institutions compétentes, notamment le Tribunal Criminel spécial ou la Cour des comptes, afin d’établir les responsabilités et de faire toute la lumière sur ce dossier sensible impliquant la gestion des finances publiques.
Le nouveau siège de l’Assemblée nationale du Cameroun s’inscrit dans le cadre du renforcement de la coopération entre Yaoundé et Pékin. La Assemblée nationale du Cameroun joue un rôle central dans le système institutionnel du pays, dirigé par le président Paul Biya. Ces dernières années, plusieurs projets d’infrastructures financés en partenariat avec la Chine ont vu le jour, mais certains ont déjà suscité des débats sur la transparence et la gestion des fonds.
