Par Léopold DASSI NDJIDJOU
En émettant cet avis portant sur le projet de loi modifiant et complétant certaines dispositions de la Constitution du 2 juin 1972, modifiée et complétée par la loi du 18 janvier 1996 et celle du 14 avril 2008, Joshua Osih dit tout le regret que la Commission spéciale du Congrès du Parlement n’ait pas donné une suite aux amendements de son parti politique. Il pointe du doigt “la majorité obèse” du parti au pouvoir au sein du Parlement. Pourtant, assure-t-il, le Sdf a porté un amendement simple mais de vérité et de responsabilité. Il a proposé que le président de la République et le vice-président soient élus conjointement sur un même ticket et a souligné que ce ticket doit refléter la réalité historique du Cameroun, qui a deux entités: l’une issue de l’ancien Cameroun occidental et l’autre de l’ancien Cameroun oriental.
Et à défaut de cette élection conjointe, Joshua Osih a souhaité que cette réalité historique soit reconnue dans la composition de l’Exécutif. Il a donné de l’emphase à la dimension de ses amendements en indiquant que ce n’ est pas un détail mais bien plus une question de justice historique. Aussi, il a précisé qu’en rentrant dans l’histoire du pays, le poste de vice-président en revenant à un anglophone élu, lui aurait conféré plus de légitimité, plus d’équilibre, et plus de cohésion nationale. Le Sdf rappelle qu’un retour dans l’histoire n’est pas vain car l’’équilibre qui fondait la République fédérale n’était pas une faveur. C’était un pacte. Un pacte de respect. Un pacte de reconnaissance. Un pacte d’unité. Ce pacte, soutient-il , a été progressivement affaibli, au point de produire aujourd’hui un sentiment d’exclusion, une crise de confiance profonde, et une fracture nationale que nul ne peut sérieusement nier.
Cette révision constitutionnelle aurait pu être un moment de courage politique mais elle s’est transformée en une occasion historique manquée Un moment pour dire à tous les Camerounais : “Nous vous avons entendus. Nous avons compris. Nous corrigeons.”Mais ce moment n’a pas été saisi. En rejetant toute amélioration et en fermant la porte à un dialogue réel, la majorité obèse au parlement a fait le choix de tourner le dos à une opportunité historique de réconciliation nationale. Il a aussi évoqué le délai résiduel de deux heures qui a été accordé à la commission spéciale du Congrès du Parlement pour examiner le projet de loi. “ Nous avons disposé de moins de deux heures pour examiner un texte qui engage pourtant l’avenir institutionnel de notre pays. Moins de deux heures pour lire, comprendre, analyser… et proposer. Moins de deux heures pour la Constitution de la République. Malgré cela, nous avons pris nos responsabilités. Nous ne nous sommes pas tus, nous avons proposé”, a révélé le Chairman du Sdf tout juste à la sortie des travaux..
Une forme étrange d’alternance autocratique
Le texte adopté prévoit un vice-président :
nommé par le président, et révoqué à sa seule discrétion. Cela soulève un problème. Dans une démocratie, le pouvoir ne se donne pas. Il se reçoit du peuple. Or ici, soutient Joshua Osih, on crée une fonction stratégique, susceptible d’exercer les plus hautes responsabilités de l’État sans aucune légitimité populaire. “Ce n’est pas un progrès démocratique. C’est une concentration supplémentaire du pouvoir”, confie le chairman avant d’asséner que que ce qui se met en place aujourd’hui, ce n’est pas une alternance démocratique. C’est une organisation de la succession sous le contrôle exclusif du pouvoir en place. C’est, en réalité, une forme étrange d’alternance autocratique.
Joshua Osih va plus loin en rappelant qu’à travers le poste de vice-président, le projet de loi voté violé la Constitution car l’article 5 alinéa 2. dispose que “le président de la République est élu par la Nation toute entière et incarne l’unité nationale”..
Dès lors, comment accepter que celui ou celle qui peut demain exercer ces fonctions ne soit pas élu(e), mais simplement désigné(e) ? C’est une contradiction fondamentale. Une contradiction entre le principe et la pratique. Entre l’esprit et la lettre de notre loi fondamentale. Pour finir, Joshua Osih pense que la modification constitutionnelle fragilise la légitimité, renforce la centralisation et ignore un contentieux historique majeur..
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