Par Joël Onana
Le chercheur et politologue Moussa Njoya a rendu publique une dénonciation particulièrement sévère à l’encontre de la députée Nourane Foster, qu’il accuse d’avoir trompé les populations de Foumban en présentant comme un don des lampadaires solaires relevant en réalité d’un marché public de plus de deux cent trente millions obtenu au Ministère de l’Habitat et du Développement Urbain. Selon lui, les tensions affichées entre l’élue et la mairesse de Foumban n’auraient été que l’expression d’un différend autour du partage des bénéfices de ce marché avant qu’un compromis ne soit trouvé.
Il affirme que pour dissimuler cette opération, le marché aurait été attribué à l’entreprise de la belle sœur de la députée, Ets MB et Fils, gérée par Megou Bernadette. Il dénonce une “indignité” et qualifie Nourane Foster d’opportuniste habituée, selon lui, aux pratiques d’enrichissement sur fonds publics.
Revenant sur la crise du Covid dix neuf, Moussa Njoya rappelle que quatre mille sacs de riz offerts par l’entreprise Orca au gouvernement pour les malades hospitalisés avaient pris une “destination inconnue”. Il soutient que l’apparente démarche de transparence de la députée, venue à Yaoundé avec son écharpe parlementaire pour exiger des éclaircissements, n’était qu’un prétexte pour obtenir un nouveau marché public. Celui ci aurait été confié à CTEC SARL, une régie publicitaire appartenant à un membre de sa belle famille, pour la fourniture de kits de santé d’une valeur dépassant soixante dix millions.
Dans sa publication, le politologue élargit ses accusations à la famille de l’élue, qu’il accuse de se positionner stratégiquement dans plusieurs formations politiques influentes — Pcrn, Fcc, Rdpc — afin de maximiser leurs intérêts. Il évoque également des relations d’affaires présumées entre un beau frère de l’élue et Brenda Biya aux États Unis, ainsi que le rôle joué par Oswald Baboke dans le parrainage des Afrik Inform Awards ayant décerné le prix de l’homme politique du siècle à Paul Biya.
Déclarant avoir “pitié” des jeunes militants du RDPC et défenseurs du régime, Moussa Njoya estime qu’ils ne bénéficieront jamais des avantages que, selon lui, la famille de l’élue tire du système. Il met par ailleurs en garde les opposants Jean Michel Nintcheu et Carlos Ngoualem contre toute participation aux prochaines élections locales aux côtés de ce qu’il qualifie de “filous et ripoux”. Il conclut en affirmant que la mort d’Anicet Ekane impose un assainissement urgent de la dissidence. La sortie de Moussa Njoya intervient dans un contexte de fortes tensions politiques au Cameroun, marqué notamment par le décès en détention de l’opposant Anicet Ekane, qui continue de susciter émotion et indignation dans l’opinion. Les accusations de conflits d’intérêts, d’opacité dans l’attribution des marchés publics et d’instrumentalisation politique du développement local sont récurrentes dans le débat public. Nourane Foster, députée et entrepreneure, a déjà fait l’objet de controverses liées à la gestion de dons et de marchés pendant la pandémie de Covid dix neuf. La charge de Moussa Njoya, largement partagée, s’inscrit dans ce climat de défiance croissante envers certaines élites politiques, familiales et économiques du pays.
