Par Ilyass Chirac Poumie
L’appel lancé par le maire de la ville de Douala en direction de la « communauté de l’Ouest » suscite de nombreuses réactions dans l’opinion. Pour plusieurs observateurs, cette initiative ne peut être dissociée du contexte particulier qui prévaut actuellement dans la région du Littoral, marqué par la montée du slogan « Le Littoral aux Littoraliens ».
Popularisé par le sulfureu acteur politique Abel Elimbi Lobè, ce concept défend l’idée que les populations autochtones du Littoral, notamment les peuples sawa, devraient exercer un contrôle accru sur la gestion politique et élective de leur région. Ses partisans dénoncent ce qu’ils considèrent comme une marginalisation politique des autochtones dans leur propre espace historique.
Le mouvement a pris une dimension nationale après plusieurs manifestations organisées à Douala, où des participants arboraient des pancartes et des tee-shirts portant le slogan « Le Littoral aux Littoraliens ».
Toutefois, le concept demeure fortement contesté. Ses détracteurs y voient un discours identitaire susceptible de fragiliser le vivre-ensemble et l’unité nationale dans une ville comme Douala, considérée depuis des décennies comme la capitale économique du Cameroun et l’une des villes les plus cosmopolites du pays.
Dans ce contexte, la main tendue du maire à la communauté de l’Ouest est perçue par certains comme une tentative d’apaisement, tandis que d’autres s’interrogent sur l’absence d’un discours similaire en direction de l’ensemble des communautés vivant dans la métropole économique.
Le Maire de Douala
L’appel du maire de la ville de Douala est intervenu à la suite des tensions observées ces dernières semaines autour des débats identitaires dans la capitale économique. Dans son message, l’édile a tenu à rassurer la communauté originaire de la région de l’Ouest, particulièrement présente à Douala depuis plusieurs décennies et fortement impliquée dans le développement économique de la ville.
Le maire a notamment rappelé que Douala est une cité cosmopolite bâtie grâce à la contribution de toutes les communautés nationales. Il a insisté sur la nécessité de préserver la paix, le vivre-ensemble et la cohésion sociale, tout en rejetant toute forme de stigmatisation ou de discours susceptible de opposer les populations.
Cette sortie est intervenue après plusieurs déclarations publiques et manifestations autour du concept « Le Littoral aux Littoraliens », un slogan défendu par certains mouvements identitaires qui estiment que les peuples autochtones de la région du Littoral sont progressivement marginalisés sur les plans politique, économique et foncier.
Les promoteurs de ce concept réclament notamment une meilleure représentation des autochtones dans les institutions locales, une protection accrue du patrimoine foncier et une reconnaissance de leurs droits historiques sur leur territoire. Ils dénoncent également ce qu’ils considèrent comme une perte d’influence des populations locales dans les grandes décisions concernant la région.
À l’inverse, les détracteurs du mouvement estiment que le slogan porte en lui des risques de replis identitaires et de tensions communautaires. Ils rappellent que Douala s’est construite comme une ville d’accueil et de brassage, où cohabitent depuis plusieurs générations des populations venues de toutes les régions du Cameroun, notamment de l’Ouest, du Nord-Ouest, du Sud-Ouest, du Centre et de l’Extrême-Nord.
C’est dans ce climat de crispation que le maire de la ville a choisi de s’adresser spécifiquement à la communauté de l’Ouest afin de lui réaffirmer sa place dans la cité économique. Une démarche qui, si elle a été saluée par certains comme un geste d’apaisement, a également suscité des interrogations chez d’autres citoyens qui estiment qu’un message plus inclusif, destiné à l’ensemble des communautés vivant à Douala, aurait davantage contribué à renforcer le sentiment d’unité nationale et le vivre-ensemble.
