Par Sandra Embollo
Le contexte rappelle les pires heures du conflit armé en Colombie. Le président colombien, Gustavo Petro, a annoncé, vendredi 17 janvier, la suspension des négociations de paix avec la guérilla de l’Armée de libération nationale (Eln), impliquée dans la mort de près de quarante personnes en deux jours. Vous pouvez partager un article en cliquant sur les icônes de partage en haut à droite de celui-ci.
Vendredi, dans le nord du pays, dans le département de Cordoba, l’Eln a été impliquée dans des violences avec le cartel du Clan del Golfo qui ont fait au moins neuf morts. Les corps ont été transportés dans des sacs en plastique jusqu’à Montelibano, a déclaré le maire de cette localité, Gabriel Calle, dans une vidéo.
Jeudi, dans la région du Catatumbo (nord-est), les guérilleros de l’Eln avaient attaqué la population civile et affronté les dissidents de l’ancienne guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) dans la région du Catatumbo (nord-est), selon des sources officielles. Dans cette zone frontalière avec le Venezuela aux plus de 52 000 hectares de coca, « au moins trente personnes tuées et de plus de vingt blessés », a dit le gouverneur du département de Norte de Santander, William Villamizar, à Blu Radio.
Selon lui, les affrontements dans plusieurs villages proches de la ville de Tibu sont dus à « une dispute territoriale » pour le contrôle du trafic de drogue dans la région. Plusieurs blessés ont été transportés dans des hôpitaux voisins et des dizaines de familles ont été déplacées, selon les autorités. « Ce qu’a fait l’Eln dans la région du Catatumbo, ce sont des crimes de guerre. C’est pourquoi nous suspendons le dialogue avec ce groupe, car l’Eln ne démontre aucune volonté de faire la paix », a-t-il écrit sur le réseau social X. « Il ne s’agit pas d’une action ponctuelle, mais d’une campagne militaire »
La médiatrice pour les droits humains en Colombie, Iris Marin, a accusé l’Eln de s’en prendre « directement à la population civile » et d’aller « de maison en maison » pour assassiner des personnes que l’Eln considère comme proches des dissidences des Farc. « C’est une dispute pour les revenus illégaux, pour le contrôle de la population et pour le contrôle de la frontière avec le Venezuela », a-t-elle estimé, en précisant qu’environ vingt personnes étaient portées disparues.
Le Catatumbo a connu un conflit sanglant au début des années 2000, opposant la guérilla de l’Eln à des groupes paramilitaires d’extrême droite tentant de prendre le contrôle de ce territoire. Vous pouvez partager un article en cliquant sur les icônes de partage en haut à droite de celui-ci.
Les attaques de l’Eln constituent « une crise très grave », souligne Elizabeth Dickinson, de l’International Crisis Group. « La situation en matière de sécurité se détériore rapidement » et « il ne s’agit pas d’une action ponctuelle, mais d’une campagne militaire » menée par l’Eln, estime l’experte.
Les guérilleros de l’Eln « semblent chercher à créer un nouveau cycle de conflit » après une trêve de deux ans entre l’Eln et les dissidents des Farc dans la zone, à la fois pour des raisons économiques – contrôler l’ensemble du corridor frontalier avec le Venezuela – et stratégiques – unifier l’organisation.
Intensification du conflit interne
Le président Petro, lui-même ancien membre dans sa jeunesse d’une guérilla d’extrême gauche (le M-19), a entamé des pourparlers avec l’Eln à la fin de l’année 2022, après être devenu le premier président colombien de gauche. Il s’est engagé à sortir par le dialogue de six décennies de conflit armé dans le pays et négocie depuis avec la plupart des organisations armées du pays. Toutefois, les pourparlers ne progressent guère, en raison de la poursuite d’attaques par les rebelles et de divergences à la table des négociations. En septembre 2024, les négociations entre son gouvernement et l’Eln avaient déjà été suspendues, avant de reprendre en novembre 2024.L’accord de paix de 2016 avec la guérilla marxiste des Fardc, alors la plus puissante guérilla d’Amérique latine, avait permis de réduire un temps la violence en Colombie, premier producteur de cocaïne.
Mais le conflit interne s’est de nouveau intensifié ces dernières années en raison des opérations des groupes dissidents des Fardc, de la guérilla guévariste de l’Eln et du cartel du Clan del Golfo, entre autres groupes armés. Jeudi, le négociateur de paix pour le gouvernement, Otty Patiño, a accusé l’Eln de payer des tueurs à gages pour tenter d’assassiner son principal conseiller
