Avec Gervais Moussongo Expert – Consultant en Intelligence Économique & Stratégique-Influence- GéoPolitic
Dans le monde afro-descendant, ces solidarités ont été déterminantes : elles ont contribué à la fin de la colonisation, à la chute de l’apartheid et à l’affirmation politique de nations longtemps dominées.
Mais aujourd’hui, ces liens semblent s’effacer. Leur mémoire, autrefois centrale, est de moins en moins visible dans les décisions politiques. Une question s’impose : que deviennent ces solidarités lorsqu’elles cessent d’être activées ?
Cuba–Afrique : une histoire reléguée
Pendant des décennies, Cuba a joué un rôle clé dans les luttes africaines. En Angola et en Afrique australe, son engagement militaire, médical et éducatif a marqué durablement les rapports Sud-Sud.
Des milliers de Cubains ont combattu, soigné et formé, sans logique de profit. Leur action a contribué à affaiblir les régimes coloniaux et ségrégationnistes.
Aujourd’hui, face aux difficultés de l’île, les réactions africaines restent discrètes. Le constat est clair : cette mémoire historique ne pèse plus réellement dans les choix diplomatiques, désormais dominés par des intérêts immédiats.
Afrique du Sud : la mémoire qui ne protège plus
La fin de l’apartheid a été une victoire collective. De nombreux pays africains ont soutenu la lutte, souvent au prix de sacrifices importants.
Trente ans plus tard, les violences visant des Africains en Afrique du Sud interrogent. Elles ne relèvent pas uniquement de tensions économiques ou sécuritaires.
Elles révèlent surtout un vide : celui d’un récit panafricain affaibli. La mémoire des solidarités passées ne structure plus le débat public, ni les réponses politiques.
Haïti : symbole reconnu, soutien absent
Haïti reste une référence mondiale dans l’air de l’émancipation noire. Pourtant, cette reconnaissance est largement symbolique.
Face aux crises répétées du pays, les réponses internationales restent limitées. Le contraste est frappant : un héritage célébré, mais peu traduit en actions concrètes y compris dans le monde afro-descendant.
Une mémoire en crise
Pourquoi cette déconnexion ?
Plusieurs facteurs se combinent :
une transmission insuffisante de ces histoires dans l’éducation ; des priorités nationales dominées par l’urgence ; le recul des idéaux panafricains ; et un manque d’engagement des élites.
Résultat : une mémoire fragmentée, peu mobilisée, et rarement traduite en politiques publiques.
Sans volonté politique, pas de solidarité durable
Les solidarités historiques ne disparaissent pas par ingratitude, mais par absence d’entretien. Sans relais politique et institutionnel, elles s’érodent.
Les rappeler ne relève pas de la culpabilité. C’est une nécessité stratégique.
Car une chose est certaine : un monde afro-descendant qui oublie les conditions de sa propre libération affaiblit sa capacité à affronter l’avenir.
Une question ouverte
La mémoire des luttes communes peut-elle encore servir de boussole politique ?
Ou restera-t-elle un simple héritage, invoqué dans les discours, mais absent des décisions ?
Expert – Consultant en Intelligence Économique & Stratégique-Influence- GéoPolitic
6th
