Par Madani Charaf
Cette édition a été marquée par la qualification record de huit sélections arabes : l’Algérie, l’Égypte, l’Irak, la Jordanie, le Maroc, le Qatar, l’Arabie saoudite et la Tunisie. À ces équipes se sont ajoutées plusieurs nations à majorité musulmane, notamment l’Iran, le Sénégal et l’Ouzbékistan. Aucune sélection arabe n’a atteint les demi-finales, mais leur seule présence dans la compétition a constitué une source de fierté pour de nombreux supporters.
En Irak, le retour de la sélection nationale en Coupe du monde, quarante ans après sa dernière participation en 1986, a revêtu une portée largement supérieure au simple enjeu sportif. À Bagdad, des dizaines de personnes se sont réunies dans les hôtels et les cafés pour suivre les rencontres, malgré la guerre impliquant les États-Unis, Israël et l’Iran voisin. Pour de nombreux Irakiens, cette qualification représentait le symbole d’un pays toujours debout après des décennies de guerres, de sanctions, d’occupation et de terrorisme.
À Gaza, des habitants ont suivi les matchs dans des cafés partiellement reconstruits, au milieu des destructions et des coupures récurrentes d’électricité. Faute de courant à domicile, certains supporters se sont rendus dans des établissements alimentés par des générateurs privés, malgré les risques liés aux frappes. D’autres ont regardé les rencontres en plein air, entre les bâtiments détruits et les montagnes de décombres. Le football leur a permis, pendant quelques heures, d’oublier la guerre et les conditions de vie extrêmement difficiles.
Les équipes égyptienne et marocaine ont notamment bénéficié d’un vaste soutien populaire dans les territoires palestiniens. Après leur élimination, une partie des supporters de Gaza s’est tournée vers l’Espagne pour la finale contre l’Argentine. En Israël, l’Argentine a au contraire reçu un soutien important, avec une dimension politique liée aux positions respectives du président argentin Javier Milei et du Premier ministre espagnol Pedro Sánchez sur le conflit israélo-palestinien.
Au Liban, après plusieurs mois de guerre entre Israël et le Hezbollah, les rencontres ont également créé de brefs moments d’unité. Dans les cafés de Beyrouth, les différences politiques et communautaires ont souvent été mises de côté pendant les matchs. Toutefois, la ferveur est restée moins forte que lors des précédentes éditions, en raison de l’épuisement de la population, de l’inflation et de la hausse du chômage.
L’édition 2026 aura ainsi dépassé le cadre strictement sportif pour une partie du monde arabe. Sans effacer les guerres ni les souffrances, elle aura offert aux populations une respiration collective, le sentiment de participer de nouveau à la vie du monde et quelques instants de normalité dans une région profondément meurtrie.

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