Avec Jean Robert Wanko
Porté par une dynamique populaire et un leadership charismatique, le Mrc s’est imposé comme une force politique majeure. Toutefois, son ascension s’est accompagnée d’une posture souvent jugée arrogante et condescendante vis-à-vis des autres partis d’opposition. À travers ses discours, ses stratégies et ses prises de position, le MRC a parfois laissé entendre qu’il était le seul parti capable de conduire le peuple vers l’alternance, le seul à disposer des compétences nécessaires pour accéder à la magistrature suprême, et le seul à pouvoir définir des tactiques efficaces pour mettre en difficulté le système en place.
Cette attitude a nourri un sentiment d’exclusion et a creusé un fossé entre le Mrc et le reste de la classe politique. Le culte de la personnalité autour de son leader, mêlé à un certain populisme, a accentué cette distance, transformant le parti en une entité perçue comme fermée, voire arrogante. Cette fracture a eu pour effet de neutraliser toute dynamique collective, au profit d’un isolement stratégique.
Dans un contexte où le régime de Paul Biya s’appuie sur l’éclatement de l’opposition pour se maintenir, il devient impératif que toutes les forces politiques engagées dans la lutte pour le changement s’engagent dans un dialogue sincère. L’unité ne signifie pas l’uniformité, mais elle exige une reconnaissance des efforts de chacun et une volonté commune de faire front.
Des exemples récents illustrent cette nécessité :
• En 2018, l’absence de coalition entre les principaux candidats de l’opposition a permis au régime de conserver le pouvoir sans véritable contestation électorale.
• En 2020, lors des élections législatives et municipales, le boycott du Mrc, bien que motivé par des raisons légitimes, a laissé le terrain libre au Rdpc, affaiblissant la présence de l’opposition dans les institutions locales.
• En 2020, la plateforme des sept partis politiques travaillant sur la refonte consensuelle du code électoral est née. Elle réunit le Sdf, le Pcrn, l’Udc, l’Ums, l’Usdp, le Mp et des mouvements citoyens.
Ces exemples montrent que l’absence de coordination stratégique entre les forces de l’opposition profite exclusivement au régime en place. Il est donc urgent de bâtir des passerelles d’échange, de coopération et de respect mutuel. Cela passe par :
• La mise en place de plateformes de concertation régulières entre partis.
• L’élaboration de stratégies électorales communes.
• La reconnaissance des spécificités idéologiques sans exclusion.
• La valorisation des compétences transversales au sein de chaque formation.
L’exclusion du Mrc du jeu démocratique, notamment par l’emprisonnement de ses cadres et la répression de ses militants et surtout par le Conseil Constitutionnel, constitue une injustice politique manifeste. Cependant, cette situation ne doit pas conduire le parti à se retirer du processus électoral par esprit de revanche ou par frustration.
Que le Mrc, Maurice Kamto et ses alliés de l’Apc(Alliance politique pour le changement)ne contribuent pas aux échanges pour la prochaine élection présidentielle serait une erreur stratégique majeure. Cela reviendrait à abandonner le terrain à ceux qui n’ont aucun intérêt à voir émerger une alternance. Le combat pour la démocratie ne peut se gagner dans le repli, mais dans la persévérance, la stratégie et la solidarité.
Il revient donc au Mrc de poser des actes forts pour panser les blessures du passé, renouer avec les autres formations politiques et contribuer à bâtir une opposition plurielle, mais unie. Cela implique :
• Une reconnaissance des erreurs de posture passées.
• Une ouverture au dialogue sans préconditions.
• Une participation active aux dynamiques de coalition.
• Une communication politique plus inclusive et moins clivante.
Face à un régime aussi enraciné, seule une opposition rassemblée, lucide et stratégique peut espérer faire émerger une véritable alternative. Le temps des egos et des postures est révolu. L’heure est à la construction d’un front commun, capable de porter les aspirations du peuple camerounais vers un avenir démocratique.
Cette tribune est un appel à la responsabilité collective. Il ne s’agit pas de renier les identités politiques, mais de transcender les clivages pour bâtir une force capable de faire tomber les murs de l’immobilisme.
