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Ethiopie | Sommet de l’Ua 2026: Convertir la centralité stratégique de l’Afrique en puissance décisionnelle

À la veille du Conseil exécutif des 11 et 12 février 2026 à Addis-Abeba, l’Union africaine (UA) s’apprête à tenir un sommet qui pourrait marquer un tournant décisif. Officiellement consacré au thème de « l’Eau et de l’assainissement », le rendez-vous continental dépasse largement le cadre sectoriel. Pour le colonel à la retraite Samuel Kamé-Domguia, consultant international senior et expert en géostratégies disruptives, ce sommet constitue un véritable « test de souveraineté » pour l’Afrique.

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Avec Samuel Kamé-Domguia, Colonel à la retraite

Selon lui, la question fondamentale n’est plus seulement celle de l’accès aux services de base, mais celle de la capacité des États africains à protéger leurs populations, à contrôler leurs ressources vitales, à négocier d’égal à égal dans les arènes internationales et à restaurer leur crédibilité institutionnelle. Dans un monde fragmenté, marqué par l’érosion du multilatéralisme, l’expansion des conflits, la crise structurelle de la dette et la compétition géopolitique accrue pour les ressources africaines, l’eau et l’énergie électrique forment désormais un couple stratégique indissociable. Sans accès universel à ces deux infrastructures critiques, il ne peut y avoir ni stabilité sociale, ni industrialisation, ni résilience climatique, ni souveraineté effective. Pour Samuel Kamé-Domguia, un État incapable de garantir simultanément l’eau potable, l’assainissement et l’électricité « perd progressivement le contrôle de son territoire politique ».

La stabilité urbaine, la sécurité alimentaire, la paix communautaire, la productivité industrielle et même la légitimité de l’État dépendent aujourd’hui de ces infrastructures. Le stress hydrique, la variabilité climatique et l’explosion démographique transforment l’accès à l’eau en enjeu de pouvoir. Mais sans énergie fiable, les systèmes de pompage, de traitement, d’irrigation ou de dessalement deviennent politiquement ingérables. L’enjeu pour l’UA, estime l’expert, est donc de repositionner l’eau et l’énergie comme des piliers stratégiques, au même titre que la défense ou la souveraineté alimentaire, et non comme de simples secteurs techniques du développement.

La continuité avec le thème de 2025 sur les réparations constitue, selon lui, une opportunité historique. Pour la première fois, l’Afrique pourrait transformer une revendication morale liée à l’esclavage et à la colonisation en architecture juridique, financière et diplomatique. Trois chantiers structurants sont identifiés : la relecture de la dette comme héritage historique et instrument contemporain de dépendance ; la restitution des biens culturels, des actifs financiers et des ressources captées ; et la réforme des règles de la gouvernance mondiale en matière de finance, climat, commerce et sécurité.

Mais le risque majeur reste la dispersion. Sans coordination continentale forte, les réparations pourraient demeurer symboliques et fragmentées en négociations bilatérales déséquilibrées. L’enjeu, selon Samuel Kamé-Domguia, est de faire des réparations un instrument de souveraineté et de rééquilibrage du futur, et non un simple slogan politique. Derrière le thème officiel, la paix et la sécurité devraient constituer le véritable centre de gravité du sommet. Les crises persistantes au Soudan, dans l’est de la RDC, au Sahel et en Libye illustrent les limites des réponses militarisées, des médiations fragmentées et de la dépendance aux acteurs sécuritaires externes.

La souveraineté politique africaine ne pourra être pleinement affirmée tant que la sécurité du continent dépendra de chaînes de décision extérieure. La capacité de l’UA à produire des solutions africaines crédibles, fondées sur la protection des civils et la responsabilité des acteurs, sera déterminante pour sa légitimité. L’un des constats les plus sévères du policy brief concerne le déficit africain en matière de négociation stratégique. Face à des dossiers de plus en plus techniques minerais critiques, mécanismes carbone, dette, sécurité hydrique, énergie, cybersécurité ou réforme du Conseil de sécurité l’Afrique ne disposerait pas d’une masse critique de négociateurs spécialisés, coordonnés et institutionnalisés à l’échelle continentale. Dans un monde où la négociation est devenue une arme, cette faiblesse équivaut à un désarmement volontaire. Elle expliquerait en partie pourquoi le continent demeure souvent en position défensive, malgré ses atouts géologiques, démographiques et géographiques.

L’exclusion de l’Afrique du Sud du Sommet des dirigeants du G20 de 2026 est ainsi perçue comme un signal d’alerte stratégique : la participation africaine aux enceintes globales pourrait devenir conditionnelle et politiquement instrumentalisée. Pour éviter que le sommet ne se limite à des déclarations, Samuel Kamé-Domguia propose une série de décisions structurantes. Parmi elles : déclarer officiellement l’eau et l’électricité comme infrastructures critiques de souveraineté ; lancer une Initiative continentale Eau–Énergie–Sécurité ; créer un Corps africain de négociateurs stratégiques sous mandat de l’UA ; et structurer l’agenda des réparations autour d’une doctrine, d’un cadre juridique et d’un mécanisme de suivi contraignant. Il recommande également l’harmonisation de la gouvernance des bassins transfrontaliers, l’intégration de l’eau et de l’énergie dans les doctrines de sécurité nationale des États membres, ainsi qu’un passage, pour les partenaires internationaux, d’une logique de projets à une logique de souveraineté, fondée sur des financements structurants et des transferts de technologies.

Pour l’auteur, le Sommet de 2026 ne sera pas jugé à la qualité de ses déclarations, mais à sa capacité à produire cohérence, courage politique et action collective. L’Afrique dispose d’un levier rare : sa centralité géopolitique. Sans unité stratégique, cette centralité peut devenir une vulnérabilité. Avec coordination, elle peut se transformer en puissance. Le choix est désormais clair : subir les logiques d’un monde fragmenté ou bâtir, à travers l’eau, l’énergie, la négociation et la sécurité, les instruments d’une souveraineté africaine pleinement assumée.

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