Par Ilyass Chirac Poumie
Les signataires sont Charlie Tchikanda, ministre du Shadow Cabinet chargé des Affaires sociales, des Sports et du Développement de la Jeunesse, et Stéphane Rivel Nguemaleu, ministre du Shadow Cabinet chargé de l’Eau et de l’Énergie. Tous deux estiment que la direction actuelle du parti a failli, tant sur le plan stratégique que politique et administratif. Dans leur motion, les deux responsables rappellent qu’à l’issue du 10e Congrès du SDF, tenu le 29 octobre 2023 au Palais des Sports de Yaoundé, le président nouvellement élu s’était engagé à bâtir un parti « fort et conquérant », capable de remporter l’élection présidentielle de 2025 ou, à défaut, d’améliorer le score obtenu en 2018.
Or, lors du scrutin du 12 octobre 2025, le candidat du SDF n’a recueilli que 1 % des suffrages. Un résultat qualifié de « dérisoire » par les auteurs de la motion, qui y voient la preuve d’une absence de stratégie, de préparation et d’analyse des erreurs passées. Selon eux, le candidat-président avait assuré que tous les aspects logistiques, humains et financiers étaient maîtrisés. Les faits observés sur le terrain auraient démontré le contraire.
La motion détaille plusieurs dysfonctionnements durant la campagne présidentielle : mise en place tardive de l’équipe de campagne, matériel insuffisant, couverture partielle des bureaux de vote, et promesses non tenues aux représentants déployés sur le terrain. Les auteurs dénoncent également l’absence de grands meetings pour jauger la popularité du candidat, le manque d’accompagnement par des figures majeures du parti, ainsi qu’un directeur de campagne cantonné à un rôle administratif au siège. Ils évoquent en outre le dysfonctionnement des centres d’appel, un discours hostile aux coalitions ayant entraîné une perte de voix, ainsi que des alliances annoncées avec des syndicats et partis politiques restées sans suite.
Au-delà de la campagne, la motion pointe une « défaillance sur le plan politique ». Les signataires reprochent à la direction une absence sur le terrain des libertés publiques, un manque de soutien aux victimes d’arrestations et de détentions arbitraires, ainsi qu’un déficit de solidarité envers les autres partis d’opposition confrontés aux abus du régime.
Ils estiment également que le discours public du parti ne rassure plus les Camerounais quant à son positionnement dans l’opposition. Sur le plan administratif et financier, la motion fait état d’une gestion « opaque et défaillante ». Les griefs incluent l’absence de budget formel et de manuel de procédures administratives et financières, l’absence de rapport financier, ainsi que la violation du principe de séparation entre ordonnateur, caissier et exécutant des dépenses. Les signataires dénoncent également l’opacité entourant l’utilisation des subventions de l’État et réclament des clarifications sur trois années de subventions prétendument non versées, comme évoqué par le président régional du Littoral le 13 janvier 2026.
Ils soulignent enfin l’absence de plan stratégique et de plan d’action, affirmant que les résolutions du dernier congrès « sont restées dans les tiroirs » et que le parti « vit au sommet et non à la base ». La motion évoque également un déclin institutionnel et diplomatique, marqué notamment par la perte du siège du SDF au sein de l’Internationale socialiste et par une gestion jugée inefficace du litige foncier concernant le siège du parti.
En déposant cette motion, Charlie Tchikanda et Stéphane Rivel Nguemaleu entendent ouvrir un débat interne sur la gouvernance du SDF et sur la responsabilité de son Chairman dans ce qu’ils qualifient d’« échec cuisant ». Reste à savoir quelle suite le NEC réservera à cette initiative, qui pourrait raviver les tensions au sein de l’une des principales formations de l’opposition camerounaise.
