Par Cynthia Konan Tawa
Addis-Abeba, 9 octobre 2026 (Panorama Papers) – Le ton est à la rupture. Le gouvernement éthiopien a déclaré n’avoir d’autre choix que de se défendre contre ce qu’il qualifie d’« invasion totale » de l’Érythrée, dans une lettre adressée au Conseil de sécurité des Nations unies et transmise à Reuters vendredi. Première déclaration officielle d’Addis-Abeba sur les incursions érythréennes signalées cette semaine — et elle fait craindre une guerre ouverte entre les deux voisins de la Corne de l’Afrique.
Selon le ministre des Affaires étrangères Gedion Timothewos, les forces érythréennes se sont déployées jusqu’à 60 km à l’intérieur du nord de l’Éthiopie. La lettre qualifie la présence de troupes érythréennes sur le sol éthiopien d’« acte d’agression flagrant qui engage le droit inhérent de l’Éthiopie à la légitime défense ». « L’invasion totale de certaines parties du nord de l’Éthiopie par l’Érythrée est un fait de notoriété publique », affirme le document.
Les faits, eux, s’accumulent : mercredi, des témoins ont vu des soldats érythréens traverser Adigrat, ville du Tigré située à 25 km de la frontière ; dans la nuit, des frappes de drones — attribuées à l’armée éthiopienne selon le centre d’analyse ACLED — ont visé des véhicules militaires érythréens près de cette même ville. Les deux pays ont rompu leurs relations diplomatiques la semaine dernière.
Asmara dément et contre-attaque : le ministre de l’Information Yemane Gebremeskel accuse Addis-Abeba de construire un récit de « légitime défense » pour justifier une guerre d’agression. L’Éthiopie accuse pour sa part l’Érythrée de soutenir l’alliance rebelle — menée par le TPLF — qui affronte les troupes fédérales depuis le 23 septembre dans le Tigré, l’Amhara et l’Afar.
Le contexte est explosif : fermeture de l’ambassade éthiopienne en Érythrée, dix diplomates érythréens expulsés, troupes fédérales aux portes de Mekelle, capitale du Tigré. Quatre ans après l’accord de paix de Pretoria, la Corne de l’Afrique — avec le Soudan en guerre civile à l’ouest — risque de replonger dans un conflit régional aux conséquences incalculables.
Source : Reuters.
