Par Zobel A Mbon
Bénéfice de 10,6 milliards de frs cfa, production agricole en progression , dividende versé plus tôt, des signaux qui rassurent sur la capacité de l’entreprise à répondre à la demande nationale en huile de palme. Mais la vente du site d’Eseka au groupe Opalm , relance le débat sur l’optimisation du périmètre pour gagner en rentabilité ou le conserver pour défendre la souveraineté industrielle du pays.
L’année 2025 n’a pas été un long fleuve tranquille pour la socapalm. Entre Cours mondiaux de l’huile de palme instables, pluies irrégulières et baisse des rendements en fin de campagne , le contexte était rude. Mais malgré tout , l’entreprise s’en est sorti avec un bénéfice de 10,6 milliards de frs cfa. La production agricole a atteint les 335 000 tonnes de régimes, en hausse de 7,4% sur un an. Ce saut qualitatif s’explique par l’entrée en production de 1 200 hectares replantés entre 2020 et 2022. Côté usines, le taux d’extraction reste stable à 21,8% , permettant de produire 73 030 tonnes d’huile brute et 16 750 tonnes de palmistes.
Sur le plan financier, le chiffre d’affaires a progresse de 3% à 82,5 milliards de frs cfa.. Le résultat net s’établit à la somme de 6,2 milliards de frs cfa. La direction générale dirigée par Frédéric Augé, a serré la vis sur les charges d’exploitation qui n’ont ’augmentées que de 1,8% Les investissements sont maintenus à 4,3 milliards de frs cfa pour moderniser l’outil industriel et entretenir les unités d’extraction.
Avec près de 4 200 salariés permanents et plus de 8 000 saisonniers en haute saison,. la Socapalm reste le premier employeur agro-industriel du pays. L’entreprise a aussi injecté près de 1 milliard de frs cfa dans ses zones d’implantation : construction des forages d’eau potable, réhabilitation de pistes rurales, rénovation d’écoles et dotation de centres de santé en équipements Au cours des travaux, 12 résolutions ont été adoptées à l’unanimité, dont l’affectation du bénéfice de 10,6 milliards de frs cfa et la mise en paiement d’un dividende brut de 850 de frs Cfa . Le dividende sera versé aux actionnaires le 31 juillet 2026, soient deux mois avant la date initialement prévue en septembre 2026
Abdoulaye Hayatou représentant de l’État au conseil et président de séance, résume l’état d’esprit :
« Nous sortons d’une assemblée exigeante mais sereine. 2025 a testé notre capacité d’adaptation face au climat et aux marchés. Le bénéfice de 10,6 milliards prouve que les choix opérationnels étaient justes. Les actionnaires ont compris les défis du foncier et des ressources humaines. Nous avons pris le temps d’expliquer avant de voter. C’est cela la transparence. »
Le consensus a volé en éclats sur la rétrocession d’Eseka. Le conseil a validé la vente de l’usine et des plantations au groupe Opalm. Pour la direction, il s’agit d’une rationalisation pour concentrer les investissements sur les 5 autres sites. Pour une partie des actionnaires, c’est un renoncement stratégique.
Jean Marie Mbiada, économiste et actionnaire depuis 2009, ne cache pas son amertume :
« En 2009, Socapalm comptait 6 plantations. Aujourd’hui, Edéa tourne au ralenti et Eseka quitte le portefeuille. Il ne reste que 4 sites. On parle d’ouverture du marché, mais on réduit notre base productive. Pour viser 200 000 tonnes d’huile, il faut des hectares, pas moins d’usines. Socapalm doit ambitionner 60 à 70% du marché national. Pourquoi céder nos meilleurs atouts ? »
Abdoulaye Hayatou répond au nom de l’intérêt général :
« Nous avons cédé Eseka pour deux raisons. D’abord, mutualiser les investissements pour améliorer le rendement des 5 autres usines. Ensuite, confier ce site à un opérateur capable de le développer. Le Cameroun importe encore 135 000 à 150 000 tonnes d’huile par an. Socapalm seule ne peut combler ce déficit. Cette cession s’inscrit dans la politique de substitution aux importations : multiplier les producteurs locaux et sécuriser l’approvisionnement des ménages. »
Le conseil a précisé que la vente inclut une clause de maintien de l’emploi pour les 320 salariés d’Eseka pendant 24 mois.
Pour l’année 2026 , le Directeur général Frédéric Augé a opté pour trois priorités: Sécuriser les plantations avec drones et brigades mobiles pour réduire de 30% les vols de régimes, Mécaniser davantage pour gagner en productivité
Et enfin accompagner les planteurs partenaires qui fournissent déjà 25% des approvisionnements.
La société camerounaise de palmeraies referme son assemblée générale ordinaire avec un bilan financier solide et une promesse tenue aux actionnaires : un dividende dont la répartition se fera plus plus tôt. Mais le dossier Eseka pose une question de fond qui dépassera l’exercice 2025 : faut-il optimiser pour être plus rentable, ou conserver pour défendre la souveraineté industrielle ? Entre la vision industrielle de la direction et la défense patrimoniale de certains actionnaires, la Socapalm devra trancher.
