Par Sandra Embollo
Le député Jean Michel Nintcheu a profité du débat d’orientation budgétaire pour adresser une série de critiques au ministre des Finances, dénonçant ce qu’il considère comme les faiblesses structurelles de la gestion des finances publiques camerounaises.
L’élu a d’abord mis en cause le rythme de l’endettement du pays, estimant que le Cameroun contracte des emprunts à des conditions de plus en plus coûteuses, sans que les populations n’en perçoivent les retombées. Selon lui, les autorités mettent en avant le ratio dette/PIB pour défendre la soutenabilité de la dette, mais cette approche ne répond pas aux interrogations sur l’utilisation effective des fonds empruntés.
Jean Michel Nintcheu a également affirmé qu’aucun grand projet financé par emprunt ne pouvait être présenté comme totalement achevé, intégralement remboursé et suffisamment rentable pour financer de nouveaux investissements publics. Il a estimé que la persistance des difficultés d’accès à l’eau, à l’électricité, aux infrastructures et la dégradation du pouvoir d’achat alimentaient les doutes sur l’efficacité de ces financements.
Le député a aussi relativisé la récente campagne d’assainissement des allocations familiales menée par le ministère des Finances, jugeant que cette opération restait marginale au regard des pertes financières liées, selon lui, aux grands scandales de corruption.
Abordant le secteur minier, Jean Michel Nintcheu est revenu sur ce qu’il qualifie d’« Or Gate ». Il a évoqué la disparition de 57 tonnes d’or en onze ans, qu’il évalue à près de 4 486 milliards de Fcfa, tout en dénonçant l’absence de traçabilité de cette production. Selon lui, le problème ne réside pas principalement dans l’exploitation artisanale, mais dans les circuits d’achat et d’exportation de l’or.
Le parlementaire a appelé le gouvernement à faire respecter les dispositions du Code minier et les textes portant création de la Sonamines, qui attribuent à cette entreprise publique l’exclusivité de la commercialisation de l’or produit au Cameroun. Il a plaidé pour l’interdiction de l’exportation de l’or par des opérateurs privés, un contrôle renforcé des comptoirs d’achat et une traçabilité systématique des exportations via les services des douanes.
Jean Michel Nintcheu est également revenu sur l’affaire Glencore, rappelant les pertes financières imputées à ce dossier de corruption et estimant que les conséquences économiques liées à la commercialisation des hydrocarbures dépasseraient largement les seuls montants des pots-de-vin.
Enfin, le député a interrogé le gouvernement sur le financement de la réhabilitation de la Sonara. Il a relevé que les consommateurs contribuent déjà, à travers les prix des carburants, au financement du soutien à la raffinerie et à la modernisation des infrastructures. Selon ses calculs, ces prélèvements auraient permis de mobiliser environ 1 127 milliards de Fcfa depuis l’incendie de 2019, soit davantage que les 700 milliards de Fcfa aujourd’hui recherchés pour reconstruire et moderniser la raffinerie.
Le député a ainsi demandé où avaient été affectées ces ressources et quelles garanties existaient pour éviter que ce nouveau projet ne connaisse les mêmes difficultés que d’autres grands chantiers publics. Il a conclu en estimant que le débat d’orientation budgétaire ne pouvait être pleinement utile sans clarification préalable de ces différentes questions de gouvernance financière.
Le débat d’orientation budgétaire constitue un exercice annuel au cours duquel le gouvernement présente les grandes orientations de la politique budgétaire avant la préparation de la loi de finances. Il permet aux députés de formuler des observations et d’interpeller l’exécutif sur la gestion des finances publiques, sans donner lieu à un vote sur les mesures proposées.
