Par Sandra Embollo
Le Cameroun entend faire de sa diaspora un levier majeur de son développement économique. Réunie le 7 juillet à l’hôtel Hilton de Yaoundé, la Caisse des Dépôts et Consignations du Cameroun (CDEC) a présenté les conclusions de l’étude DIASDEV, un projet visant à mieux canaliser l’épargne des Camerounais vivant à l’étranger vers le financement de l’économie nationale.
Portée par le directeur général de la CDEC, Richard Evina Obam, avec l’appui technique de l’Agence Française de Développement (AFD), cette initiative fixe un objectif ambitieux : mobiliser 2 000 milliards de FCFA auprès de la diaspora au cours des dix prochaines années.
L’étude révèle qu’en 2024, les transferts de fonds de la diaspora camerounaise ont atteint près de 652 milliards de FCFA, soit une progression de 8 % par rapport à l’année précédente. Ces ressources proviennent principalement de la France, des États-Unis et des pays de la CEMAC.
Toutefois, ces transferts servent essentiellement à couvrir les dépenses courantes des familles, notamment l’alimentation, la santé, la scolarité ou encore le logement, et contribuent peu au financement des infrastructures ou des investissements productifs.
Pour inverser cette tendance, la CDEC prévoit la mise en place d’un produit d’épargne réglementé destiné aussi bien aux Camerounais établis à l’étranger qu’aux résidents. L’objectif est d’offrir un cadre sécurisé permettant d’orienter une partie de cette épargne vers des projets de développement à long terme.
Selon les estimations présentées lors de la rencontre, environ 500 000 Camerounais détenteurs d’un passeport vivent à l’étranger. Ce chiffre pourrait atteindre près de 6 millions de personnes si l’on prend en compte les descendants et les binationaux, constituant ainsi un important potentiel de mobilisation financière.
La CDEC ne procédera toutefois pas directement à la collecte des fonds. Ne disposant pas d’un agrément de banque de détail, l’institution se positionnera comme conceptrice et coordinatrice du dispositif, tandis que la commercialisation du produit sera assurée par un réseau de banques et d’établissements de microfinance.
Si le projet ouvre de nouvelles perspectives pour le financement du développement national, son succès dépendra largement de la confiance que lui accordera la diaspora camerounaise. Une confiance qui devra être bâtie sur des garanties de transparence, de bonne gouvernance, d’une traçabilité des fonds et d’une gestion rigoureuse des ressources mobilisées, dans un contexte où les citoyens réclament davantage de reddition des comptes.
