Par Olivia Lemot
Oslo, 9 octobre 2026 (Panorama Papers) – C’est une figure africaine que le Nobel de la paix vient de consacrer. Le comité Nobel norvégien a annoncé ce vendredi à Oslo l’attribution du prix Nobel de la paix 2026 à Navanethem « Navi » Pillay, juriste sud-africaine de 85 ans, « pour ses efforts en faveur de la paix et du droit international ».
« Le prix Nobel de la paix 2026 est décerné à une personne qui, avec un courage et une intégrité exceptionnels, a ouvert la voie vers un ordre juridique mondial plus complet », a déclaré Jørgen Watne Frydnes, président du comité. La lauréate « a joué un rôle déterminant pour que les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité et le génocide fassent l’objet de poursuites ».
Le parcours de Navanethem Pillay est une leçon d’histoire : en 1967, elle devient la première femme à ouvrir un cabinet d’avocat dans la province du Natal, en pleine apartheid. Elle défend Nelson Mandela et les militants de l’ANC, obtient pour les prisonniers politiques de Robben Island le droit à une représentation juridique. Première femme non blanche juge à la Haute Cour d’Afrique du Sud en 1995, elle préside ensuite le Tribunal pénal international pour le Rwanda (1999-2002), où elle fait reconnaître le viol comme acte de génocide — une première juridique mondiale. Haute-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme de 2008 à 2014, elle siège aujourd’hui à la Cour internationale de justice.
Le comité n’a pas caché la portée politique de son choix : « À un moment où le nombre de guerres et de conflits augmente, et où les juges et les institutions du droit international sont attaqués politiquement, le comité Nobel souhaite rappeler que la capacité à résoudre les conflits sans force ni violence dépend de l’État de droit international. » Une pique à peine voilée à l’administration Trump, qui a sanctionné la Cour pénale internationale et dont le président convoitait ouvertement le prix.
Elle succède à la Vénézuélienne María Corina Machado, lauréate 2025. Pour l’Afrique, ce Nobel résonne comme une reconnaissance : celle d’un continent qui a payé le prix fort des crimes de masse — du Rwanda au Darfour — et dont une fille vient rappeler au monde que la justice n’est pas une option.
Source : AP.
