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Afrique centrale | L’alternance démocratique est-elle un luxe

À l'observation des faits récurrents dans le biotope politique dans cette partie du continent, ce questionnement a toute sa superbe car l’alternance politique n’est pas loin d'être un vrai bazar.

by world top news
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Par Léopold DASSI NDJIDJOU

En 1990 Jacques Chirac, alors maire de Paris et président du Rpr, déclare en Côte d’Ivoire que le multipartisme est un « luxe » pour les pays en développement et que la démocratie pouvait s’exercer au sein d’un parti unique. Si ce n’est pas assez clair, Mobutu Sese Seko Kuku Ngbendu wa Za Banga, le dirigeant de la République zaïroise de l’époque, enfonçait le dernier clou en déclarant que “la démocratie au Zaïre, c’est moi”.

Point à la ligne. Pour être complet avec la conception de chef d’Etat-roi, monarque absolu même si ce n’est pas de droit divin, le premier président ivoirien, Félix Houphouët Boigny, issu d’une famille princière baoulé et qui a succédé à son oncle comme chef de la tribu Akouè, déclarait pince- sans-rire, qu’un chef ne voit pas son successeur. Une lapalissade qu’une fois au pouvoir, on ne le quitte qu’à la mort. Et c’est précisément à ce niveau, que les chefs d’État qui suivent les founding fathers des indépendances en Afrique, emportés par l’ivresse et la personnification du pouvoir, ont trouvé l’ingénieuse idée de le céder à leur descendance en quittant le monde des vivants.

La conception du pouvoir de Mobutu, le roi du Zaïre, est largement partagée en Afrique centrale en dépit de la forme républicaine et démocratique de l’Etat. Dans cette partie du monde, les hommes de pouvoir redoublent d’ingénierie pour pérenniser une forme dynastique ou à tout au moins clanique de la dévolution du pouvoir. Hors de l’Afrisue centrale, il y a eu tout de même l’épisode togolais où Gnassingbé Eyadema, en rejoignant ses ancêtres à Pya dans le nord du pays, avait tout mis en œuvre pour que Faure Eyadema qui était déjà ministre, prenne le témoin. C’est le premier coup fumant du continent en 2005. Le général Gnassingbé Eyadema décède le 5 février 2005 au bout de 38 ans de pouvoir sans partage. Son fils Faure, qui avait été nommé ministre des Mines et des télécommunications deux ans plus tôt, est immédiatement adoubé par les militaires. La grande muette ferme les frontières, l’installe au pouvoir en totale violation de la Constitution qui prescrit que l’intérim est assurée par le président de l’Assemblée nationale en cas de vacance. Le vol du président de l’Assemblée nationale, Fambaré Ouattara Natchaba en provenance de l’Europe, sera prié par les militaires en pleine perpétration de leur coup de force en faveur du fils de leur chef, d’atterrir à Cotonou. Silence, on torpille le droit.

Les mécanismes au Gabon, en Guinée Équatoriale et au Congo.

Omar Bongo Ondimba tient d’une main ferme le pouvoir au Gabon pendant 41 ans, de 1967 à 2009.. A sa mort le 8 juin 2009 à Barcelone en Espagne, son fils Ali Bongo Ondimba, qui est alors ministre de la Défense, procède immédiatement à la fermeture des frontières. Il est prié par les caciques et amis de son père au sein du Parti démocrate gabonais ( Pdg) de laisser la présidente du Sénat, Rose Francine Rogombé, assurer l’intérim comme l’exige la Constitution. Ali accède au bon sens..

La native de Lambaréné dans le Moyen Ogooué prend alors les rênes et au bout de 4 mois et 6 jours, Ali Bongo Ondimba est déclaré vainqueur à l’élection présidentielle qu’elle organise. Les résultats sont très contestés André Mba Obame, son ex ami et collègue du gouvernement, qui a rejoint l’opposition mène la fronde. Omar Bongo Ondimba avait largement balisé le terrain à son fils, car à sa mort, Ali Bongo , en dehors d’être le ministre de la Défense, était vice-président du Pdg. C’est tout dire! Pourtant autour de lui, il y avait des dinosaures et des caciques indéboulonnables. Casimir Oyé Mba, François Ntoutoume Émane, Jean Eyeghe Ndong, Daniel Ona Ondo, Raymond Ndong Sima, Paul Biyoghe Mba, Paulette Missambo, entre autres.

En Guinée Équatoriale, ce n’est plus un secret de polichinelle que le président Teodoro Nguema Obiang, au pouvoir depuis 1979, ambitionne de céder son fauteuil présidentiel à son fils Teodoro Nguema Obiang Mangue, aujourd’hui vice-président de la République et vice-président du Parti démocratique de Guinée Équatoriale (Pdge). Il est par ailleurs chargé de la Défense et de la Sécurité de l’État depuis juin 2016.comme le fut en son temps Ali Bongo au Gabon. Aujourd’hui à Bata ou à Malabo, l’opinion sait qu’en cas de couac au sommet de l’État, c’est bel et bien Theodorin qui va prendre la relève.
Au Tchad, le maréchal du Tchad, Idriss Deby Itno, tombe au front dans les combats contre les groupes rebelles venus de la Libye et l’annonce de sa mort est faite le 20 avril 2021. Le dauphin constitutionnel, Haroun Kabadi, renonce à assurer l’intérim prévu par la Constitution. Un Comité militaire de transition (Cmt) est mis en place le même jour, présidé par le fils du chef de l’Etat défunt, Mahamat Idriss Déby Itno. La suite est connue, car aujourd’hui il est le président de la République du Tchad. La diligence avec laquelle le Cmt a été mis en place fait penser qu’une stratégie était prête pour succéder au Maréchal en violation de la Constitution.

Au Congo Brazzaville, le président Denis Sassou Nguesso, lui aussi au pouvoir cumulé depuis plus de 40 ans (1979-1992, puis depuis 1997), donne déjà des signaux qu’après lui, un Sassou pourrait prendre la relève, qu’il soit son fils ou son petit-fils. Il y a d’abord son fils, Denis Christel Sassou Nguesso, qui est actuellement ministre de la Coopération internationale et de la Promotion du partenariat public-privé. Les observateurs surveillent déjà ses faits et gestes au quotidien. A côté de lui, il y a aussi son petit-fils, A côté de lui, il y a Omar Denis Junior Bongo Ondimba, fils de la défunte Édith Lucie Bongo Ondimba et d’Omar Bongo, il est un acteur influent, souvent cité dans les dynamiques politiques entre le Congo et le Gabon. Des sources susurrent que son grand-père pourrait toujours lui passer le témoin le moment venu. Il l’accompagne régulièrement dabs ses déplacements à l’étranger, enflant au passage sur la place brazzavilloise la rumeur d’une succession dynastiques qui se dessine. Avec ce descriptif, la démocratie en Afrique Centrale n’est -t-elle pas un leurre? Quelle est la place du peuple souverain en Afrique centrale dans le choix de ses dirigeants ? Il y a bien sûr le vote, mais le peuple vote pour ou contre quelqu’un qui lui a été imposé d’une manière ou d’une autre. Le vote dans ce cas a pour ambition de légitimer celui à à été imposé. Au Cameroun par exemple, le peuple vote pour ou contre Ahmadou Ahidjo et Paul Biya, alors qu’ils sont déjà présidents de la République. Leur arrivé au pouvoir ne dépend pas du peuple. Et là est tout le problème dans cette configuration. Au Sénégal par exemple, Léopold Sedzr Senghor a imposé Abdou Diouf au peuple. Mais c’est le peuple qui s’est donné Abdoulaye Wade, tout comme Macky Sall et Bachiroi Diomaye Faye..

Le Cameroun en embuscade

La modification de la Constitution et de certains textes encadrant la dévolution du pouvoir en cas de vacance au sommet de l’État, fait déjà couler beaucoup d’encre et de salive. Le fait que le poste de vice-président relève exclusivement de la discrétion du président de la République, et par ailleurs qu’il est libre de pourvoir au poste et de mettre fin à ses fonctions selon son bon vouloir, n’est ni plus ni moins que l’ouverture d’une boîte de Pandore dont nul ne sait ce qui va en sortir au bout du compte. Les supputations vont bon train et beaucoup d’observateurs redoutent que Paul Biya pourrait nommer un de ses fils comme l’ont fait ses pairs dans cette partie du Continent. Qu’en sera-t-il exactement ? Paul Biya s’est toujours gardé d’associer sa proche famille des affaires d’État. La facilité avec laquelle la modification constitutionnelle s’est opérée, pourrait-elle donner au chef d’Etat camerounais la tentation de revenir sur ses propres convictions affichées ? Lui qui a toujours déclaré que l’idée même d’un dauphin ne sied pas dans un contexte démocratique multipartisan. Bien malin est celui qui pourra affirmer avec certitude ce que veut Paul Biya. Peut -être qu’il est dans le même esprit que Abdoulaye Wade après l’échec de son fils à le remplacer. ” Je ne ferai de cadeau à personne”, lança-t-il en direction de la classe politique. Ou bien, Paul Biya va-t-il baliser le chemin à un de ses filleuls comme on l’a vu récemment au Bénin avec Patrice Talon, lui qui a mis l’opposition hors jeu, pour laisser un grand boulevard à son protégé Romuald Wadagni, élu président du Bénin en avril 2026 avec plus de 94 % des suffrages dès le premier tour. C’est dire avec tous ces exemples que Paul Biya tient plusieurs cartes en main.Sera-ce le cas comme au Togo, au Gabon et au Tchad déjà acquis? Tout de même, il y a un risque dans cette perspective car le président Wade qui avait déjà fait de son fils Karim Wade, le ministre du ciel et de la terre au Sénégal, a lamentablement échoué dans son entreprise à l’heure de transmettre le témoin du pouvoir à son fils. Le peuple souverain du Sénégal s’y était fermement opposé.

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