Par Julie Peh
Selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, plus de 101 000 personnes ont traversé la frontière burundaise depuis décembre 2025, chassées par les combats opposant le M23 à l’armée congolaise dans le Sud-Kivu. Face à une telle urgence humanitaire, chaque dollar compte. Mais osons la question : 2,3 millions de dollars, est-ce à la hauteur de la tragédie ?
Le Burundi, pays aux ressources limitées, se retrouve une fois de plus en première ligne d’un conflit qui le dépasse. Les camps débordent, les besoins explosent, les tensions sociales guettent. Nourrir, soigner, loger des dizaines de milliers de personnes exige bien plus qu’un soutien ponctuel. Or, Bujumbura avait estimé ses besoins à 33 millions de dollars. L’écart est considérable.
Il serait injuste de minimiser l’effort britannique. Dans un monde saturé de crises de l’Ukraine au Moyen-Orient l’attention internationale est fragmentée, les budgets humanitaires sous pression. Pourtant, cette réalité ne peut servir d’alibi permanent à la gestion minimaliste des drames africains.
Car ce qui se joue au Burundi dépasse la simple logistique humanitaire. C’est une question de stabilité régionale. L’histoire des Grands Lacs nous a appris que les déplacements massifs de populations ne sont jamais neutres. Ils redessinent les équilibres démographiques, économiques et sécuritaires. Ils fragilisent les États d’accueil. Ils alimentent parfois de nouvelles tensions.
L’aide internationale, dans ce contexte, ne devrait pas être une réponse réflexe, mais une stratégie cohérente. Or, ce que l’on observe trop souvent, c’est une succession de gestes ponctuels, sans vision globale. On finance l’urgence sans traiter la racine du mal.
La véritable urgence se trouve pourtant de l’autre côté de la frontière : dans la persistance du conflit à l’Est de la RDC. Tant que la communauté internationale se contentera d’accompagner les conséquences sans s’attaquer sérieusement aux causes, instabilité chronique, groupes armés, rivalités régionales, les camps continueront de se remplir. Le geste britannique est donc à la fois nécessaire et insuffisant. Nécessaire, parce qu’il soulage des familles en détresse. Insuffisant, parce qu’il ne change pas l’équation.
Au fond, la question n’est pas seulement financière. Elle est politique. Quelle place les crises africaines occupent-elles réellement dans l’agenda international ? Quelle volonté existe-t-il pour sortir durablement la région des Grands Lacs de ce cycle de violence ?
2,3 millions de dollars peuvent nourrir pendant un temps.Mais seule une volonté politique forte peut empêcher que, demain, ce chiffre ne doive être multiplié par dix.
