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Cameroun | Abus d’employeurs chinois et soupçons de complicité étatique d’Etat

Une vidéo montrant la torture d’un employé camerounais relance les accusations de violations systématiques des droits des travailleurs par certaines entreprises chinoises, sur fond de défaillances structurelles de l’État.

by world top news
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Par Ilyass Chirac Poumie

Une séquence vidéo largement diffusée en ligne montrant un ouvrier camerounais violemment battu sur instruction présumée d’un employeur chinois provoque une onde de choc dans l’opinion. L’agression, filmée par les auteurs eux-mêmes, met en cause un chef d’entreprise qui aurait ordonné les sévices.

Les autorités ont réagi en procédant à la fermeture temporaire de l’établissement concerné et à l’arrestation de deux ressortissants chinois. Le ministre du Travail, Grégoire Owona, annonce des sanctions judiciaires « sans complaisance ».

Au-delà de cet épisode, les témoignages s’accumulent depuis plusieurs années sur les conditions de travail imposées à de nombreux Camerounais dans certaines entreprises chinoises. Journées prolongées, heures supplémentaires non rémunérées, absence de contrats formels, inexistence de couverture sociale et licenciements arbitraires sont régulièrement dénoncés. Des cas de violences physiques et de traitements dégradants ont déjà été documentés à plusieurs reprises.
Dans les régions de l’Est, l’exploitation aurifère illustre l’ampleur du phénomène. Des opérateurs chinois y dominent des circuits d’extraction et de commercialisation souvent en marge des cadres légaux. Malgré la présence de dispositifs sécuritaires, de l’or est extrait, dissimulé puis exporté clandestinement, révélant des complicités au sein d’appareils administratifs et sécuritaires. Les travailleurs y évoluent sans équipements de protection, dans une précarité juridique totale.

Ces dérives s’inscrivent dans un contexte de relations économiques étroites entre le Cameroun et la Chine. Depuis deux décennies, le régime de Paul Biya accorde des facilités importantes à des entreprises chinoises en échange de financements. Des terres agricoles et des concessions minières sont attribuées avec peu de mécanismes de contrôle, entraînant déplacements de populations et exploitation intensive des ressources.

À Batchenga, des exploitations agricoles sous gestion chinoise mobilisent une main-d’œuvre locale pour produire du riz ensuite exporté et présenté comme produit chinois, avec des retombées limitées pour les communautés.

Dans ce contexte, les entreprises incriminées bénéficient d’une protection de fait, combinant l’influence diplomatique de Pékin et des relais internes. Les abus observés apparaissent ainsi comme le symptôme d’un déséquilibre structurel, aggravé par la dépendance financière du Cameroun envers la Chine, estimée à plus de 2 600 milliards de francs Cfa.

La multiplication des investissements chinois en Afrique, notamment au Cameroun, s’accompagne de critiques récurrentes sur le respect des normes sociales et environnementales. L’absence de régulation effective et la faiblesse des mécanismes de contrôle favorisent des pratiques abusives, plaçant les travailleurs locaux dans une situation de vulnérabilité persistante.

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