Par Ilyass Chirac Poumie
Le dossier du scanning des marchandises au Port Autonome de Douala met en lumière un dysfonctionnement persistant dans la gouvernance de l’État. À l’issue d’une médiation menée par le Premier ministre, un compromis avait été arrêté, prévoyant le maintien de la société SGS dans le dispositif de scanning, conformément aux engagements contractuels existants.
Cet arbitrage n’a cependant pas été appliqué. Le directeur général du Port Autonome de Douala a poursuivi l’installation de Transatlantic D. S.A., entraînant l’éviction de fait de SGS des installations portuaires.
Aucune décision officielle n’est venue abroger ou modifier la médiation conduite par la Primature.
Cette situation est interprétée comme une remise en cause directe de l’autorité du Premier ministre et alimente le sentiment d’un flottement institutionnel. Selon plusieurs sources, le directeur général du port agirait avec le soutien du secrétaire général de la présidence de la République, Ferdinand Ngoh Ngoh, ce qui expliquerait la poursuite de cette orientation malgré la position du chef du gouvernement.
Cette crise intervient dans un contexte politique marqué par l’absence prolongée du président Paul Biya de la scène publique. Alors qu’il avait annoncé un remaniement gouvernemental lors de son discours de fin d’année, celui-ci n’a toujours pas été effectué, renforçant les tensions entre institutions et la multiplication de conflits ouverts au sein de l’exécutif.
Tout récemment, cette fragilité de la coordination gouvernementale s’est illustrée par un pugilat épistolaire entre le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, et la ministre de l’Habitat et du Développement urbain, Célestine Ketcha Courtes, à propos de la gestion des ordures dans les grandes métropoles du pays. Un échange public révélateur d’un exécutif traversé par des divergences non arbitrées.
Le scanning des marchandises au Port Autonome de Douala constitue un enjeu stratégique majeur pour le contrôle des flux commerciaux et la sécurisation des recettes douanières. Face aux tensions entre SGS et la direction du port, le Premier ministre avait engagé une médiation visant à préserver la stabilité institutionnelle. La non-application de cet arbitrage, dans un contexte d’absence présidentielle et de remaniement gouvernemental attendu, s’ajoute à une série de différends internes, dont le récent affrontement épistolaire entre membres du gouvernement sur la question des ordures urbaines, révélant un malaise profond au sommet de l’État camerounais.
