Par Arlette Akoumou Nga
Un témoignage exclusif recueilli auprès d’un employé de Sino Mart, ayant requis l’anonymat, met en lumière un système interne de sanctions violentes infligées aux travailleurs accusés de vol. Selon cette source, ces pratiques sont connues au sein de l’entreprise et reposent sur une « entente » verbale imposée dès le recrutement.
D’après ce témoignage, les nouveaux employés sont informés, au moment de la signature de leur contrat, de deux règles non écrites absentes du document officiel. En cas de vol, ils doivent choisir entre être remis aux autorités compétentes ou subir une bastonnade à l’intérieur de l’entreprise. L’acceptation de cette condition constitue un préalable à l’embauche.
C’est dans ce contexte que le nommé Arnaud Ombe Boya Victoire, identifié dans une vidéo devenue virale, a été violemment battu. Selon la source, le jeune homme avait dérobé un sac, une rallonge électrique et un insecticide. Pour ces faits, il a été frappé, humilié et soumis à des violences physiques par un individu en tenue, décrit comme coutumier de ce type d’agissements.
Les faits remontent à environ trois semaines avant la diffusion de la vidéo. Le jour des événements, quatre autres employés camerounais auraient également subi des traitements similaires dans les locaux de l’entreprise.
Le témoignage indique par ailleurs que les scènes de violences étaient filmées par le patron chinois ou l’un de ses représentants, puis partagées dans un groupe WhatsApp regroupant plusieurs employeurs chinois installés au Cameroun. Ces images y étaient, selon la source, visionnées dans un climat de moqueries et d’amusement.
Toujours selon notre informateur, certains responsables camerounais présents dans ce groupe ont exprimé leur malaise face à ces pratiques répétées. L’un d’eux est à l’origine de la fuite de la vidéo, intervenue plusieurs semaines après les faits.
Au moment de la diffusion des images, la victime avait déjà quitté l’entreprise pour un autre emploi. Malgré plusieurs tentatives, aucun contact n’a pu être établi avec elle. D’après ses anciens collègues, le jeune homme refuse de s’exprimer par crainte de représailles et en raison de son implication reconnue dans le vol, les responsables de l’entreprise détenant des preuves filmées.
Cette affaire suscite une vive indignation au sein de l’opinion publique camerounaise et relance le débat sur les conditions de travail et les traitements infligés à certains employés dans des entreprises étrangères opérant dans le pays.
Au Cameroun, plusieurs scandales impliquant des abus présumés dans des entreprises étrangères ont régulièrement alimenté le débat public ces dernières années. Les questions liées au respect du droit du travail, à la dignité des employés et à la responsabilité des autorités dans la régulation de ces pratiques restent au cœur des préoccupations, dans un contexte où la dépendance économique à certains investisseurs étrangers limite parfois la portée des sanctions.
