Par Serge Aimé BIKOI
Durant l’audition du 25ème témoin de l’accusation, Charlotte Mbah Angwei, chef du groupement de recherche opérationnelle de la Dgre, c’est Me Claude Assira, avocat de l’État et de la Direction générale de la recherche extérieure (Dgre),dont l’assistant a exploité le dossier d’enquête préliminaire dans lequel il est mentionné que le lieutenant-colonel, Justin Danwe, avait reçu une somme de deux millions de Fcfa pour faire taire Martinez Zogo. Il s’agit, indique cet avocat au barreau du Cameroun, d’une déclaration de l’ancien directeur des opérations de la Dgre qui, à l’époque, était suspect lors de l’enquête préliminaire. Selon cet ex- patron des opérations,
“Jean Pierre Amougou Belinga lui avait dit d’administrer une bastonnade à Martinez Zogo. Pour ce faire, il m’a promis une avance de deux millions de Fcfa, tout en me promettant une forte récompense”.
Réagissant, sur le champ, à cette intervention de l’assistant de Me Assira, Me Jacques Mbuny, conseil de J. Danwe, indique que dans le même dossier d’enquête préliminaire, il est dit que l’opération de l’assassinat de Martinez Zogo avait, bel et bien, été financée par la Dgre. Occasion opportune, pour Mbuny, de poser la question au président du tribunal si cette déclaration avait pour objectif de brouiller les pistes.
Juste après l’échange épistolaire entre Assira et Mbuny, parole est donnée à Léopold Maxime Eko Eko pour poser une série de questions à C. Mbah Angwei. Exploitant, lui aussi, le dossier d’enquête préliminaire lié à l’affaire Martinez Zogo commis par l’expert, Bell Bitjocka, l’ex-Dgre lit les extraits des pages 154 et 155, où il est démontré une collusion entre Martin Savom, ancien maire de la commune de Bibey, dont le pseudonyme est Essouma Martin, et J. Danwe, dont le pseudonyme est Kounda.

Ces pseudonymes apparaissent, en réalité, dans le circuit des échanges entre les deux durant la planification de l’opération de l’assassinat de l’ancien chef de chaîne d’Amplitude Fm. Alors, Eko Eko a posé la question de savoir à Mbah Angwei qui peut avoir favorisé l’interaction entre Savom, qui n’est pas un employé de la Dgre, et Danwe. Et le chef de groupement de recherche opérationnelle de répondre:
“c’est Essouma Mballa, l’épouse de Savom, qui a facilité le contact entre Danwe et son époux”.
Le développement d’Eko Eko consistait à démontrer, face au témoin de l’accusation, qu’il y avait une connivence entre Savom, Danwe, Essouma Mballa et Amougou Belinga. Surtout qu’il a encore exploité un dossier d’enquête préliminaire, dans lequel il est mentionné que Danwe reconnaît avoir sollicité un montant de 23 millions de Fcfa sur une période de cinq ans auprès du patron du groupe L’anecdote.
L’évocation des transactions pécuniaires ne se limite pas à ce niveau tant Eko Eko demande à Mbah Angwei si elle était au courant que Amougou Belinga avait donné trois millions de Fcfa à Danwe pour l’arrosage de ses galons et l’organisation de son anniversaire. Mbah Angwei répond par la négative. L’ancien Dgre a, de surcroît, demandé au chef de Groupement de recherche opérationnelle si elle était au courant que le patron du groupe L’anecdote avait fait recruter une certaine Meyong Beyeme, présentée comme une sœur de Savom à Vision 4. À cette question, Mbah Angwei répond également par la négative.
Après avoir, momentanément, suspendu l’audience à 17h et 30 pour reprendre à 18h 32, le président du tribunal a donné la parole à Amougou Belinga, qui a posé, lui aussi, des questions au chef de groupement de recherche opérationnelle. D’emblée, le patron du groupe L’anecdote lance un proverbe :
“Ce n’est qu’au Cameroun que les table-bancs donnent les cours aux menuisiers”. Rire dans la salle. Le président du tribunal lui demande, illico presto, ce que signifie ce proverbe. Et Amougou Belinga de réagir : “Tout le monde parle de tout sauf ce qu’il a appris”.
Par la suite, l’homme d’affaires a asséné une ribambelle de questions liées à son statut économique au témoin de l’accusation.
“Savez-vous ce que je dépense par jour?” “Savez-vous que j’ai donné 100 millions de Fcfa pour la gestion du Covid au Cameroun ?” “Savez-vous que j’ai donné une contribution de 200 millions de Fcfa pour la construction d’une église à Sangmelima?” “Savez-vous que j’ai donné 300 millions de Fcfa aux vieillards dans la région du Centre ?”
À toutes ces questions, Mbah Angwei a répondu par la négative. Ce questionnement de l’homme d’affaires visait à dire au tribunal que
“l’on ne peut acheter un colonel (J. Danwe) pour deux millions de Fcfa”,
ainsi que l’a relevé Eko Eko supra.
