Par Joël Onana
Des tensions inhabituelles sont signalées au sein de l’appareil judiciaire camerounais, autour du dossier de l’assassinat du journaliste Martinez Zogo. Selon plusieurs sources concordantes, le Garde des Sceaux Laurent Esso serait soupçonné d’intervenir en coulisses pour favoriser la remise en liberté provisoire de Jean-Pierre Amougou Belinga, principal suspect dans cette affaire.
Traduit devant le tribunal militaire, l’homme d’affaires a introduit une requête devant la Cour d’appel du Centre. Toutefois, la collégialité des magistrats chargés d’examiner cette demande n’aurait pas réussi à dégager un consensus, entraînant la transmission du dossier au ministre de la Justice pour arbitrage.
Cette évolution alimente de vives inquiétudes dans les milieux judiciaires et au sein de l’opinion publique. Certains dénoncent une possible immixtion de l’exécutif dans une procédure judiciaire sensible, d’autant plus que des changements au sein de la composition des juges auraient été opérés avant la mise en délibéré de l’affaire, attendue pour le 19 mars 2026.
La famille de la victime, alertée par ces développements, a saisi les plus hautes autorités de l’État ainsi que des représentations diplomatiques et religieuses, évoquant le risque d’un « hold-up judiciaire ». Dans une correspondance officielle, elle appelle à garantir un traitement équitable et transparent du dossier.
L’affaire continue également de susciter une attention internationale, illustrée notamment par l’intérêt manifesté lors des premières audiences par des représentants étrangers, dont l’ancien ambassadeur des États-Unis au Cameroun.
À la veille d’une décision cruciale, la perspective d’une éventuelle libération provisoire d’Amougou Belinga cristallise les tensions et ravive les interrogations sur l’indépendance de la justice camerounaise dans ce dossier emblématique.
Le journaliste Martinez Zogo a été assassiné en janvier 2023 dans des circonstances particulièrement violentes, provoquant une onde de choc au Cameroun et au-delà. L’affaire a conduit à l’arrestation de plusieurs suspects, dont Jean-Pierre Amougou Belinga, puissant homme d’affaires et patron de médias.
Depuis le début de la procédure, ce dossier est considéré comme un test majeur pour la crédibilité des institutions judiciaires du pays. Les autorités camerounaises ont à plusieurs reprises affirmé leur volonté de faire toute la lumière sur ce crime, dans un contexte de forte pression nationale et internationale en faveur de la vérité et de la justice.
