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Cameroun | Affaire Martinez Zogo: La lettre d’un témoin de l’accusation qui fâche à l’audience

L'audition du 28ème témoin, Alain Thomas Dina Bodo, Informaticien auprès du cabinet du patron de la Direction générale de la recherche extérieure (Dgre), a permis de découvrir des contradictions dans les propos du témoin de l'accusation.

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Par Serge Aimé BIKOI

Suite à l’intervention de Me Claude Assira, avocat de l’État et de la Dgre, qui a interrogé la cross-examination, l’on a découvert que Dina Bodo avait rédigé une lettre le 25 juillet 2024 adressée au chef d’inspection de cet organe de renseignements, dont l’objet est “Mon implication en tant que. Chef de la sécurisation des informations à la Dgre”.

Le 28ème témoin de l’accusation ne reconnaît pas l’inspection des services comme destinataire, mais plutôt le Directeur général. Avant d’être admise comme pièce à intégrer dans le dossier de procédure, cette lettre a suscité une controverse au tribunal. Le commissaire du gouvernement est le premier à s’interposer et à rejeter ce document. Et pour cause : cette pièce ne figure pas dans le dossier de procédure. Cerlin Belinga a, de surcroît, empêché le témoin de l’accusation de répondre aux questions de Me Assira relativement à la reconnaissance de cette pièce. Sur le champ, Me Charles Tchoungang, avocat de Jean Pierre Amougou Belinga, a rétorqué en estimant que le ministère public ne saurait rejeter pareil document. Me Sapze, avocat de la radio Amplitude Fm, lui emboîte le pas. “M. Le commissaire du gouvernement, sentant que le témoin va répondre défavorablement, lui demande de ne pas le faire. C’est votre témoin et il a l’obligation de dire la vérité. Jusqu’ici, le témoin n’a pas nié la lettre. Il a accepté la paternité de cette correspondance”, indique le conseil d’Amplitude Fm.

Me Assira précise que le témoin de l’accusation a indiqué, à l’orée de la procédure qu’il n’avait aucun lien, de quelque nature que ce soit, avec des personnes. Et cette affirmation est contredite par ses propres déclarations dans les documents antérieurs qu’il ne conteste en rien du tout. Pour l’avocat de la Dgre,”il est juste question de faire réagir le témoin pour qu’il puisse confirmer ce qu’il avait dit auparavant ou d’infirmer. Ce qui est son droit le plus absolu. La seule chose que nous puissions faire, c’est d’essayer, à partir d’un certain nombre d’indices, de faire réagir ce que nous avons sous la main qui peuvent être des témoins privilégiés pour leur permettre de faire dire ce qu’ils ont vécu eux-mêmes. C’est uniquement à cela que résume la cross-examination. Donc essayer de poser les entraves ou des interdictions sans que ce ne soit supporté au demeurant par une disposition légale particulière est, tout simplement, malheureux”.

Après le débat ayant opposé le commissaire du gouvernement aux avocats de la défense et de la Dgre relativement à l’intégration de cette lettre dans le dossier de procédure ou non, le président du tribunal a, momentanément, suspendu l’audience, laquelle a été reprise une heure de temps après. Dès la reprise de l’audience, Me C. Tchoungang a indiqué au tribunal les fondements légaux liés à la nécessité d’intégrer cette pièce dans le dossier de procédure. Le Bâtonnier s’appuie, en effet, sur l’article 346 du Code de procédure pénale, lequel postule que “le président du tribunal peut, en vue de la manifestation de la vérité, ordonner la citation de toute personne non partie au procès ou la production de la pièce”. Il en est de même de Me Jules Bambia, conseil de Saiwang et Heudji, qui a évoqué l’article 332 du Code de procédure pénale selon lequel le Ministère public poursuit à charge et à décharge. Par la suite, il s’est demandé comment le ministère public peut produire un témoin et refuser qu’il réponde aux questions. Suite à la précision de ces fondements légaux, le président du tribunal, le colonel Misse Njone accepté la pièce et a demandé aux avocats de la défense et des parties civiles d’en juger la forme.

Après la recevabilité du document en la forme, Assira a continué a interroger la cross-examination. “Reconnaissez-vous cette correspondance (lettre du 25 juillet 2024)? Avez-vous été approché par le lieutenant Bichara concernant cette affaire? Avez-vous connaissance d’un règlement disciplinaire à la Dgre? En avez-vous connaissance ? Aviez-vous le droit de recevoir le document fourni par Bichara?” Entre autres questions et interrogations formulées par l’avocat de la Dgre. Répondant à quelques-unes de ces questions, Alain Thomas Dina Bodo fait savoir au tribunal que le lieutenant Bichara ne l’a jamais interpellé, mais il reconnaît avoir adressé les lettres au patron de la Dgre. Le témoin de l’accusation indique ensuite que le document produit par C..Assira était le brouillon. Mais au sujet du contenu, il n’a pas de réponse à cette lettre. La contre-interrogation s’est encore accentuée lorsque l’avocat de la Dgre a fait allusion à un procès-verbal d’enquête. Pour le commissaire du gouvernement, C. Assira n’est pas destinataire de ce procès-verbal au vu des articles 116 et 139 du Code de procédure pénale. Réagissant à ce procès-verbal d’audition, Me Seri Zokou, avocat de Léopold Maxime Eko Eko, bat en brèche ce document parce que, explique-t-il, il a été produit en photocopie et ne saurait être versé au dossier de procédure. De plus, ajoute-t-il, “nous sommes dans deux procédures différentes”. Au finish, la cause a été renvoyée pour les 30 et 31 mars 2026 à la demande de Me C. Assira pour produire l’original du procès-verbal No 000054/2/47/15.1.2024 du Service central de recherches judiciaires relatif à l’enquête ouverte contre Alain Thomas Dina Bodo pour “atteinte à la sûreté de l’État, abus de confiance et destruction” et pour poursuivre la cross-examination du témoin Dina Bodo.

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