Par Serge Aimé BIKOI
Le procès des présumés assassins de Martinez Zogo, dont le corps sans vie a été retrouvé le 22 janvier 2023, cinq jours après son enlèvement, continue de traîner devant le Tribunal militaire de Yaoundé. La 14ème audience, tenue le 13 janvier 2025, n’a duré qu’une vingtaine de minutes et a donné lieu à un simple renvoi au 3 février 2025. Le Tribunal militaire renvoie cette affaire en espérant qu’avec le délai de l’appel incident qui expirait le 13 janvier, le dossier sera finalement transmis à la cour d’appel du Centre.
Deux ans que l’affaire Martinez Zogo tourne en rond sur des questions de procédures. L’avocat du lieutenant-colonel, Justin Danwe, ex-directeur des opérations de la Dgre(Direction générale de la recherche extérieure), reconnaît, certes, l’implication de son service dans l’enlèvement, mais pas dans l’assassinat du journaliste. “Deux ans de prison sans être jugé, l’on est au-delà du délai raisonnable”, indique Me Jacques Mbuny. Quatorze audiences et toujours pas de débat sur les faits. Avocat d’un autre accusé, l’homme d’affaires, Jean-Pierre Amougou Belinga, le patron du groupe l’anecdote, soupçonné d’avoir commandité le meurtre, Me Charles Tchoungang, déplore la multiplication des obstacles pour éviter d’aller au fond. De l’enquête au procès, la justice militaire a cumulé les vices de procédures selon les avocats des prévenus, mais aussi de la famille. Résultat des courses : un calendrier suspendu aux décisions attendues de la cour d’appel du Centre.
Représentant les proches de Martinez Zogo, Me Calvin Job, décrie, lui aussi, la lenteur du procès. Toute chose qui, selon l’avocat au barreau du Cameroun, est la conséquence du profond malaise de la justice militaire autour d’une affaire aux relents politiques. Il conclut à la thèse selon laquelle “seul un sursaut d’orgueil et d’indépendance des magistrats fera avancer ce procès”.
En rappel, le 17 janvier 2023, le présentateur vedette de la célèbre émission “Embouteillages” quitte son lieu de service en fin de journée pour retourner à son domicile. Mais il est enlevé devant un poste de gendarmerie de la capitale politique métropolitaine. Son corps nu et supplicié est retrouvé à Ebogo 3, une banlieue de la ville de Yaoundé. Dans sa célèbre émission diffusée sur Amplitude Fm, une chaîne Fm urbaine émettant à Yaoundé, M. Zogo dénonçait la petite et la grande corruption et tançait les pontes de la République, dont les frasques étaient relevées à longueur de journée. Deux ans après, sont corps est toujours scellé à la morgue de l’hôpital central de Yaoundé. 17 coaccusés sont devant la justice militaire, mais le procès reste agglutiné sur des questions de procédures.
