Par Sandra Embollo
De nouveaux éléments issus de l’expertise téléphonique réalisée dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat du journaliste Martinez Zogo révèlent la nature des échanges qu’il entretenait avec Oswald Baboke, directeur adjoint du Cabinet civil de la Présidence de la République.
Selon les retranscriptions versées au dossier judiciaire, les deux hommes ont échangé à plusieurs reprises entre novembre 2022 et janvier 2023 sur des sujets sensibles mêlant politique, affaires et football.
Le 13 novembre 2022, Martinez Zogo sollicite un entretien discret avec le collaborateur de la présidence. « Je voudrais avoir un échange très discret avec mon frère », écrit-il, précisant préférer une discussion de vive voix sur certains sujets qu’il ne souhaite pas aborder par messagerie.
Quelques semaines plus tard, le journaliste transmet à Oswald Baboke plusieurs documents, parmi lesquels un dossier consacré à l’homme d’affaires Jean-Pierre Amougou Belinga ainsi qu’une note relative à un marché de fourniture de costumes et de cravates évalué à 559 millions de Fcfa. Les éléments de l’expertise ne permettent toutefois pas de déterminer le contenu exact de ces documents ni les suites qui ont pu leur être réservées.
Les échanges prennent une autre tournure le 3 janvier 2023 lorsque Martinez Zogo partage un document intitulé « Liste non exhaustive des personnes à qui Samuel Eto’o doit de l’argent ». Le document attribue au président de la Fédération camerounaise de football des dettes présumées envers plusieurs personnalités, parmi lesquelles figure Oswald Baboke pour un montant de 80 millions de Fcfa.
Le directeur adjoint du Cabinet civil réagit immédiatement et dément formellement cette affirmation. « Il ne me doit rien. Notre amitié n’est pas basée sur l’argent », répond-il au journaliste. Martinez Zogo lui rétorque alors : « C’est terrible ça. Comment les gens peuvent monter ce genre de chose. » Ces échanges montrent qu’Oswald Baboke a explicitement rejeté les allégations contenues dans le document transmis.
L’expertise judiciaire fait également état de discussions autour d’une enquête publiée par le journaliste Boris Bertolt sur l’affaire Africa 24. Martinez Zogo partage l’article avec Oswald Baboke et estime qu’« il ne faut plus laisser prospérer le mensonge à la place de la vérité » et qu’« on doit rétablir la vérité ».
Face à cette sollicitation, le haut responsable de la présidence adopte une position de réserve. Il indique que les informations peuvent être vérifiées, évoque ce qu’il considère comme une « simple manipulation » et affirme ne pas souhaiter intervenir publiquement. « Je pense que le silence est une grande arme. Je préfère vraiment le silence », écrit-il, ajoutant qu’il vaut mieux éviter d’être publiquement mêlé à ce type d’affaires.
Au-delà du contenu de ces échanges, les conversations mettent en évidence une relation suivie entre Martinez Zogo et Oswald Baboke, le journaliste partageant régulièrement avec lui des documents, des analyses et des informations portant sur plusieurs dossiers sensibles de la vie politique et économique camerounaise.
Ces éléments proviennent des retranscriptions figurant dans l’expertise téléphonique réalisée dans le cadre de l’enquête sur l’enlèvement, la torture et l’assassinat de Martinez Zogo, directeur de la radio Amplitude FM, retrouvé mort le 22 janvier 2023, cinq jours après son enlèvement. Le procès lié à cette affaire se poursuit devant le Tribunal militaire de Yaoundé et continue de révéler de nouveaux éléments sur l’environnement relationnel et professionnel du journaliste avant sa disparition.
