Par Joël Onana
Le calendrier judiciaire du dossier sur l’assassinat de Martinez Zogo connaît un nouveau coup d’arrêt alors que les révélations issues de l’expertise numérique s’annonçaient déterminantes pour la suite des débats.
Au tribunal militaire de Yaoundé, l’audition de Georges Bell Bitjocka devait marquer un moment crucial dans la compréhension des faits. Interpellé par le commissaire du gouvernement lors de la dernière session du 24 avril, l’expert en cyber sécurité était attendu: “Prof Georges Bell Bitjocka, pouvez-vous dire au tribunal les liens et connexions qui existent avec chaque accusé, de la planification jusqu’à l’assassinat de Martinez Zogo ?”, a lancé le magistrat avant d’ajouter en français facile, qu’avez-vous trouvé dans le téléphone de chaque accusé sur les 17?”. Ces interrogations visent à établir une cartographie claire des responsabilités dans une affaire, où la preuve numérique s’impose comme un levier central comme c’est désormais le cas dans de nombreuses procédures criminelles à forte implication technologique.
Les trois volumes du rapport d’expertise, produits par les spécialistes, révèlent des interactions continues entre certains accusés civils. Les premières indications évoquent des communications régulières entre le principal accusé et d’autres protagonistes, mais aussi des liens avec des personnalités influentes du pays. Les données extraites témoignent également de ce que l’ancien chef de chaîne de Amplitude Fm entretenait des échanges fréquents avec certaines hautes personnalités de la République. Une source proche de l’enquête résume la situation par une formule devenue récurrente “Les téléphones ont parlé”.
Renvoi sur fond de déplacement à l’étranger
L’audience prévue le 11 mai a finalement été renvoyée aux 1er et 2 juin 2026 en raison de l’absence de Me Jacques Mbuny, avocat du lieutenant-colonel Justin Danwe, ancien directeur des opérations de la Dgre(Direction générale de la recherche extérieure). L’homme en robe noire avait saisi le président du tribunal militaire de Yaoundé pour solliciter un report, invoquant un déplacement professionnel hors du pays. La demande n’a rencontré aucune opposition ni du ministère public, ni des autres conseils sur la base de l’article 417 du code de procédure pénale. Des informations concordantes indiquent que ce déplacement est lié à la participation à une compétition internationale d’avocats en Espagne, le Mundiavocat, où l’équipe As Barreau du Cameroun a été vaincue lors du dernier match 4 buts à 1 par U San Gregorio Fc de Manabi.
La concomitance entre cet événement sportif et le report d’une audience aussi attendue suscite des interrogations sur les priorités accordées dans un dossier aussi sensible. Les renvois successifs installent une temporalité qui interrogent sur leurs bénéficiaires. Chaque report repousse l’examen des éléments techniques, retarde les confrontations et prolonge l’attente des familles. La prochaine session devra ainsi permettre d’entendre pleinement G. Bell Bitjocka et d’exploiter, en détail, les contenus numériques, désormais au cœur d’un dossier où chaque communication pourrait contribuer à établir les responsabilités. La question demeure entière : à qui profite réellement ce temps gagné alors que les éléments techniques semblent déjà dessiner les contours d’une affaire aux implications multiples.
