Par Joseph OLINGA N.
Créée ce 04 mai 2026, la Société camerounaise d’électricité (Socadel) entend apporter des corrections au modèle jusqu’ici implémenté par Eneo. La nouvelle entreprise de gestion de l’énergie électrique sortie des fonds baptismaux à travers un décret du chef de l’État camerounais, Paul Biya, est le fruit du rachat des 51% des parts détenues par la multinationale Actis qui, rajoutées aux parts déjà détenues par l’Etat camerounais font de lui l’unique actionnaire.
Mais la reprise en main annoncée par le gouvernement pour assurer au Cameroun son autonomie énergétique rappelle d’autres tentatives peu concluante dans le domaine. De la Société nationale d’électricité (Sonel) à Energy of Cameroon (Eneo), la gestion du secteur de l’électricité au Cameroun est la litanie d’une succession d’échecs. Incapacité à couvrir le territoire, délestages récurrents, absence d’investissements, accumulation des factures impayées par le gouvernement et incapacité à satisfaire la demande nationale ont eu raison des différents modèles de gestion expérimentés par les gestionnaires successifs du secteur de l’électricité au Cameroun.
Née de la fusion entre Énergie électrique du Cameroun (Enelcam), Électricité du Cameroun (Edc) et Powercam (entité en charge de la production et la distribution de l’énergie électrique en zone anglophone), la Société nationale d’électricité qui voit le jour en 1974 n’a pas produit les fruits escomptés. L’entreprise dont le capital était détenu à 100% par l’État a déposé pinces, tournevis et câbles en 2001 au profit de la multinationale Aes-Sonel. L’acte de décès de l’entreprise obligée d’intégrer le portefeuille des entreprises (de souveraineté ?) à privatiser indique que la Sonel manquait cruellement d’investissements permettant d’étendre son réseau et de s’approprier les technologies de pointe. Résultats des courses, les délestages récurrents imposés par l’incapacité de l’entreprise ont fait frôler le pire au Cameroun au cours de la décennie 1990.
Aes-Sonel, la persistance des délestages.
Les espoirs nourris par la reprise du secteur par Aes-Sonel ont été de courte durée. La reprise en main du secteur par l’américaine AES corporation a vite marqué ses limites. La survivance des délestages est venue rappeler l’incapacité du repreneur de couvrir le pays. Ajouté à cela, l’incapacité de la multinationale Aes corporation de procéder au renouvellement des équipements pour doter le pays d’une infrastructure électrique moderne. Au bout du compte, l’américaine Aes corporation fait montre de ses défaillances malgré les promesses vendues aux consommateurs.
Lorsque le britannique Actis reprend Aes-Sonel pour en faire Energy of Cameroon (Eneo), une nouvelle vague d’espoirs s’empare des consommateurs. Les promesses faites par le repreneur britannique qui acquiert 51% des actifs contre 44% pour l’État du Cameroun va durer le temps d’une rose. Les délestages d’énoncés par les consommateurs ne seront pas maîtrisés. Au contraire. Les statistiques véhiculées par les observateurs avertis soutiennent que les délestages ont été multiplié par quatre voir cinq sous le règne de l’entreprise Eneo. Ajouté à cela, l’entreprise dont on découvre qu’elle ne bénéficie pas de garanties financières conséquentes doit aussi faire face à l’accumulation des factures impayées du gouvernement. Dès le début de l’année 2024, l’entreprise déclare un trou de plus de 800 milliards. Des dettes impayées par le gouvernement qui empêche à l’entreprise, elle-même, de s’acquitter de ses engagements vis-à-vis de ses partenaires.
Retour à la case départ.
Mais, les récriminations des clients vis-à-vis de l’entreprise demeurent les délestages récurrents. Comme ses prédécesseurs, Eneo se montre autant incapable de moderniser les infrastructures ou de couvrir le réseau existant. Encore moins de l’étendre là où la demande est en croissance permanente. Des problématiques qui demeurent au moment où le gouvernement décide de reprendre la gestion d’un secteur dont les faits d’armes ne sont pas glorieux auprès des consommateurs.
