Par Serge Aimé BIKOI
Ces entrepreneurs économiques font état de ce qu’ils enregistrent près de quatre milliards de Fcfa par an, auxquels s’ajoutent, entre autres, des difficultés de paiement des loyers, des menaces de faillite, des pertes d’emplois et la dégradation de l’image de l’Avenue Kennedy.
Jadis poumon économique de la ville de Yaoundé, l’Avenue Kennedy est, indiquent les opérateurs économiques, aujourd’hui paralysée
“par une décision de piétonisation prise en 2021 par la mairie de la ville. Cinq ans de pertes économiques , de fermeture de commerces, de licenciement, etc”.
Situé au cœur du siège des institutions de la République, cet espace accueillait des dizaines de commerces, restaurants et services générant des milliers d’emplois et contribuant, de manière prépondérante, à la croissance de l’économie locale. Au regard de la position stratégique de cette avenue qui, auparavant, faisait la fierté de la capitale politique métropolitaine, la décision de la fermeture de la chaussée par la mairie de Yaoundé, manifestement inédite, a, depuis cinq ans, enlisé l’ensemble des opérateurs économiques concernés dans d’interminables tourments. Philomène Edima, la présidente du Collectif des opérateurs économiques de l’Avenue Kennedy, a, à l’issue de la visite de terrain de ce jour, appelé, de toute urgence, le couple présidentiel à résoudre ce problème crucial.
“Nous sommes là pour appeller le Chef de l’État et Mme Chantal Biya, qui est la mère des enfants que nous sommes dans la souffrance. Ici, chaque propriétaire de bureau emploie, au minimum, deux employés. Et quand on parle de deux employés, c’est deux familles. Je ne sais pas pourquoi on nous méprise”.
L’entrepreneure économique note, par exemple, que cela fait un mois et une semaine que l’Avenue Kennedy est complètement fermée.
“La moindre des choses, explique Philomène Edima, c’est qu’on nous prévienne qu’il y a telle ou telle chose. Nous attendons depuis cinq ans ce canal. Ça va exister, ça ne va pas exister ? Mais nous sommes dans la souffrance et nous sommes des Camerounais. On ne comprend pas comment vous (la mairie) pouvez abandonner une rue… Vous connaissez l’Avenue Kennedy d’il y a sept ans, d’il y a dix ans. C’était une référence ici à Yaoundé. Or, depuis 38 ans que je suis à l’Avenue Kennedy, je suis, aujourd’hui, incapable de payer le loyer, je suis obligée de céder le magazin parce que j’ai des problèmes avec mes bailleurs”.
À cause de cet état de choses, P. Edima se trouve contrainte de diviser son magasin. Elle indique qu’elle avait six employés, par conséquent, six familles. Après avoir congédié quatre d’entre eux, ils ne sont qu’au nombre de deux aujourd’hui parce qu’il est impossible d’employer les autres. L’opérateure économique est, par conséquent, devenue vendeuse elle-même aujourd’hui. Et pour cause : elle ne peut plus payer. Gilbert Nitcheu, un autre opérateur économique, évalue, lui aussi, les dommages pécuniaires enregistrés au quotidien à la suite de la décision de la fermeture de cette chaussée.
“Par jour, il n’y a pas moins de 200,300 à 500 millions de Fcfa qui se dégagent de l’Avenue Kennedy. C’est ce mini-commerce qui fait vivre les gens. Il faut qu’ils essayent de voir et qu’ils nous disent effectivement ce qu’ils veulent faire de l’Avenue Kennedy parce que à un moment, ils ont bloqué un côté. Et maintenant, c’est le deuxième côté qui est bloqué. Donc, personne ne peut y avoir accès. Ceux qui ont des magasins, stoppent. Ceux qui ont des petits commerces stoppent”.
Entre autres actions menées par ces opérateurs économiques pour tenter d’infléchir la position du maire de la ville de Yaoundé des pétitions et manifestations pacifiques, les concertations avec les autorités municipales, la recherche des solutions alternatives (aménagement des accès, horaires de circulation, parkings relais,…). Aussi les acteurs économiques demandent-ils la levée des restrictions de circulation pour les véhicules et motocyclettes, le dialogue avec les autorités pour trouver une solution durable et équilibrée et ils appellent, au bout du compte, à l’accompagnement des opérateurs économiques pour minimiser l’impact de la crise à travers des aides financières et exonérations.
