Par Ilyass Chirac Poumie
La crise vient de franchir un seuil extrêmement grave. À Meiganga, des tirs à balles réelles ont éclaté ce soir sur les camionneurs mobilisés contre les postes de contrôle multipliés sur les grands axes. Deux chauffeurs ont déjà été touchés : l’un au pied, l’autre à la jambe, confirmant l’usage de projectiles létaux par des éléments en tenue. Des témoins décrivent une scène de panique sur la route, sur fond de sirènes, de fumée et de tentatives désespérées de se mettre à couvert.
Au même moment, à Garoua Boulaï, dans la région de l’Est, les transporteurs ont complètement paralysé l’axe. Plus rien ne passe. Le préfet, venu tenter une médiation, a été sèchement repoussé. Les camionneurs exigent désormais un élargissement immédiat du mouvement jusqu’à Bertoua, situé à seulement 70 kilomètres, et menacent de bloquer les régions du Littoral, du Centre et de l’Ouest.
Sur l’axe Meiganga–Ngaoundéré, la situation reste explosive. Les forces de l’ordre utilisent même des engins lourds, dont des bulldozers, pour tenter de dégager la route envahie par des milliers de semi-remorques — mais sans parvenir à faire céder les chauffeurs, déterminés malgré les tirs.
Les protestataires dénoncent un système devenu insoutenable : 94 postes de contrôle entre Douala et Kousseri, chacun imposant 2 000 FCFA aux conducteurs. Pour un trajet, la facture grimpe à 188 000 Fcfa. Avec plus de 12 000 camions mobilisés, ce sont plus de 2,2 milliards de FCFA d’extorsions quotidiennes qui pèsent sur le corridor Nord.
Ce soir, la tension atteint son paroxysme : blocages géants, menaces d’extension du mouvement, usage d’armes de guerre sur des civils, blessés par balles, axes stratégiques paralysés, sites internet saturés par les contributions solidaires.
Le pays bascule dans une confrontation directe entre camionneurs et forces de sécurité. L’embrasement actuel découle de quatre jours de blocages successifs sur les axes Ngaoundéré–Meiganga, puis Garoua Boulaï. Face à ce que les transporteurs qualifient de “racket organisé”, le mouvement a pris une ampleur jamais observée. Les premiers tirs à balles réelles contre des civils en grève marquent une escalade inquiétante dans une crise qui s’enracine dans un contexte politique et social déjà sous tension.
