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Cameroun | Brenda Biya, l’héritière en rupture: Neuf ans de dénonciations constante entre menaces, sorcellerie et politique

Lorsque la vidéo de Brenda Biya fait rage sur les médias sociaux le 18 septembre 2025, une fois encore, la machine à intox se met en marche : « deepfake », « manipulation par intelligence artificielle », « délire d’une fille instable ». Pourtant, l’analyse de la séquence balaie rapidement les doutes.

by Panorama papers
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Enquête exclusive Panorama Papers

Les gestes sont fluides, la synchronisation labiale parfaite. Et surtout, les propos s’inscrivent dans une ligne constante : depuis près de neuf ans, la fille du président camerounais dénonce, avec la même intensité, un climat d’hostilité, de menaces de mort et de pratiques occultes dont elle serait victime.

Ce qui change, cette fois, c’est la charge politique directe :

« Ne votez pas pour mon père »,

lâche-t-elle, brisant un tabou absolu dans le Cameroun de Paul Biya.

Les sorties de Brenda Biya ne sont pas des éclats isolés. Depuis 2016, elles forment une trame continue :

Une constance troublante dans les accusations

2016 : elle parle pour la première fois d’« attaques invisibles » et de forces qui chercheraient à la briser.

2019 : installée en Suisse, elle accuse ses poursuivants de recourir à des rituels occultes, affirmant que même à des milliers de kilomètres du palais, elle reste une cible.

2021 : dans une vidéo virale, elle nomme le palais présidentiel comme épicentre de ses malheurs, accusant certains proches collaborateurs de son père d’organiser sa destruction spirituelle pour mieux l’éliminer physiquement.

2023 : elle évoque un « complot de sorcellerie » visant à l’anéantir, parlant de pratiques ésotériques orchestrées depuis Yaoundé.

À chaque étape, ses propos sont balayés d’un revers de main par le régime et ses relais. La tactique est rodée : décrire Brenda comme « déséquilibrée », « fragile » ou « en crise psychologique ». Mais cette ligne de défense ne tient pas face à un constat : la cohérence et la constance de son récit depuis près d’une décennie.

Le spectre du mysticisme au cœur du pouvoir

Les accusations de Brenda Biya ne surgissent pas dans le vide. Le Cameroun vit avec une réalité : celle d’une politique intimement liée aux pratiques occultes.

Depuis de longues dates, de nombreux acteurs politiques camerounais ont été accusés d’entretenir des « marabouts », de recourir à la sorcellerie pour conserver le pouvoir, neutraliser des adversaires ou asseoir leur autorité. La longévité exceptionnelle de Paul Biya lui-même – plus de quatre décennies à la tête de l’État – alimente dans l’imaginaire populaire l’idée d’une protection mystique.

Dans les cercles du pouvoir, cette culture ésotérique est assumée à demi-mot. Des témoignages évoquent des « veillées rituelles » avant de grandes échéances, des sacrifices symboliques, des protections spirituelles pour les figures du régime. Dans ce contexte, les accusations de Brenda – loin d’être marginales – s’inscrivent dans un récit collectif profondément ancré dans la société camerounaise : la politique n’est pas seulement une affaire de stratégie et d’urnes, mais aussi de forces invisibles.

Une voix qui dérange le récit officiel

L’élément explosif de sa dernière vidéo n’est pas seulement la répétition de ses dénonciations, mais son appel clair à sanctionner son père dans les urnes. Une position inédite qui fissure l’image d’un clan soudé autour du « Sphinx d’Etoudi ».

En l’attaquant sur le terrain politique, Brenda Biya devient plus qu’une fille en rupture : elle s’impose comme une dissidente interne, une voix qui témoigne de l’intérieur d’un système verrouillé.Pour le régime, le dilemme est cruel. En continuant à la traiter de « folle », il prend le risque de renforcer l’image d’une enfant sacrifiée du pouvoir, écrasée par un système qui préfère discréditer que répondre. En reconnaissant la gravité de ses propos, il ouvre une brèche dangereuse dans l’édifice.

Une bombe politique à la veille de la présidentielle

Dans un Cameroun où les pratiques mystiques et les complots invisibles pèsent autant que les calculs électoraux, les accusations de Brenda Biya trouvent une oreille attentive. Beaucoup voient dans ses propos la confirmation de ce qu’ils suspectaient : un pouvoir miné par les rivalités, les intrigues occultes et la peur.

À quelques semaines de l’élection présidentielle d’octobre 2025, l’appel de Brenda Biya à tourner le dos à son père est une bombe politique. Elle ne signe pas seulement la rupture d’une fille avec son père, mais aussi celle d’une héritière avec un régime qui a fait de l’opacité et du mysticisme ses armures.

Brenda Biya n’est plus un simple « scandale familial ». Elle est désormais un témoin gênant, une voix dissonante qui éclaire, de l’intérieur, les zones d’ombre d’un pouvoir en fin de cycle.

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