Par Ilyass Chirac Poumie
La Constitution camerounaise a été révisée en 2008 pour supprimer la limitation des mandats présidentiels. Cette modification a ouvert la voie à un nombre illimité de candidatures pour Paul Biya, qui est au pouvoir depuis 1982. Du point de vue de la loi fondamentale, sa candidature n’est donc pas inconstitutionnelle.
Il existe cependant des contestations juridiques, émanant notamment de militants du parti au pouvoir, le Rdpc. Un militant a par exemple contesté en justice la légitimité des instances dirigeantes du parti, ce qui pourrait indirectement remettre en question la validité de la candidature de M. Biya.
Longévité au pouvoir
La candidature de Paul Biya pour un huitième mandat, après plus de 42 ans à la tête du pays, est fortement critiquée par l’opposition et une partie de la société civile. De nombreux Camerounais estiment qu’une alternance démocratique est nécessaire et que sa longévité au pouvoir est un frein au développement et à l’émergence de nouvelles figures politiques.
Son âge (92 ans) et sa présence publique de plus en plus rare suscitent des interrogations sur sa capacité à gouverner pleinement. Des critiques évoquent une “présidence par procuration”, où le pouvoir serait exercé par un cercle restreint de collaborateurs, affaiblissant ainsi la gouvernance effective du pays.
Dynamique au sein du Rdpc
Bien qu’il ait été désigné comme le candidat “naturel” de son parti, sa candidature a également provoqué des dissensions internes et des défections, signifiant que son leadership, bien qu’incontesté publiquement au sein du parti, n’est pas sans friction.
Alors que Paul Biya est souvent réélu avec des scores élevés (il a remporté l’élection de 2018 avec environ 70% des suffrages), les sondages récents montrent que des candidats de l’opposition, comme Maurice Kamto, pourraient bénéficier d’un soutien populaire significatif.En somme, si la candidature de Paul Biya est légale au regard de la Constitution camerounaise actuelle, sa légitimité est largement contestée sur les plans politique et moral, en raison de sa longue période au pouvoir, des doutes sur sa capacité à gouverner et de la demande croissante d’alternance.
