Accueil » Cameroun | Chronique sociale sur le basculement dans la généralisation de la violence

Cameroun | Chronique sociale sur le basculement dans la généralisation de la violence

Le quartier Nkol-Bisson, dans l'arrondissement de Yaoundé VII, a été, le 16 février dernier, le théâtre d'un drame familial d'une extrême violence. Kevine, la trentaine entamée, a ôté la vie à ses trois propres enfants en bas âge avant de mettre fin à ses jours dans ce qui s'apparente à un féminicide retourné contre elle-même, alimenté par une jalousie conjugale dévastatrice.

by world top news
0 comments

Par Serge Aimé BIKOI

Quelques jours après, c’est une dame de 40 ans qui a été assassinée par son époux au quartier Ccc à Douala. À Kribi dans le département de l’océan, une dame a, à la différence, sectionné le sexe de son mari en plein sommeil à cause, dit-elle, de ses infidélités récurrentes. Comment comprendre cette fulgurance de la violence?

De manière globale, les violences sociales, sexistes, culturelles, urbaines, etc résultent de facteurs structurel et conjoncturel complexes dominés par la pauvreté, le chômage des jeunes et l’instabilité sécuritaire dans certaines régions camerounaises. Ces formes de violences sont exacerbées, au quotidien, par les problèmes conjugaux caractérisés par la jalousie comme détonateur, des foyers sous tension, les cas d’infidélité récurrente des conjoints, la primauté de l’avoir sur l’être, la sublimation des relations amoureuses marchandes et les effets pervers de l’urbanisation ambiante. La montée de la radicalisation des agents sociaux est aussi tributaire des situations de dépression et de dépendance émotionnelle dans la vie des couples.

De manière singulière, ces violences plurielles sont la résultante des variables socio-économiques, telles que récession financière, la paupérisation et la quête du gain facile. Toute chose qui alimente l’insécurité en général et, spécifiquement, les braquages, les enlèvements, les agressions, les féminicides, les homicides et les infanticides. Autre agent causal de cette généralisation de la violence la sédimentation de la socialisation des enfants suivant le genre. En effet, cette forme de socialisation différentielle consiste à éduquer la progéniture en fonction qu’elle est de sexe masculin ou féminin. Aux garçons, sont inculqués des modèles de masculinité (force, pouvoir, autorité, influence, domination, puissance, vigueur, etc), alors qu’aux filles, sont enseignés des modèles de féminité (maternité, douceur, paix, calme, soumission, sérénité, dépendance, affection, etc). Cette ségrégation des tâches, des rôles, des statuts, des fonctions et des positions entre les garçons et les filles a contribué, au fil des décennies, a faire des garçons l’incarnation du pater familia dominant (l’homme autoritaire) investi du pouvoir charismatique, de l’autorité et de l’influence. Par contre, les filles sont appelées à incarner le rôle de femmes- mères, femmes épouses, femmes éducatrices, femmes maternelles, femmes douces et pacifiques.

Mais avec l’émergence d’un discours libéral sur l’égalité des genres au début des années 90, sur les notions d’équité, de complémentarité, de parité et de mixité, avec la ratification et la consécration des Traités et Conventions internationaaux sur l’égalité des genres (Convention sur l’élimination des formes de discriminations à l’égard des femmes, Déclaration universelle des droits de l’homme, Pacte international relatif aux droits civiques et politiques, etc), il y a une relative inversion des rapports de genre qui travaille à faire jaillir la modernité des mentalités. En dépit de ce discours libéral, les racines des considérations phallocratiques, dans les sociétés patriarcales, sont restées profondes au Cameroun si bien que cela a sécrété la nature de l’homme violent par opposition à celle de la femme douce. Les conceptions patriarcales, les stéréotypes sexistes et l’acceptation de la violence dans la sphère privée favorisent les violences faites aux femmes et aux filles. De plus, le mouvement de promotion de la femme, dans un contexte conservateur, créé des frictions et des tensions.

Les limites du système éducatif, la pauvreté familiale et la socialisation des enfants suivant le genre participent à la production des violences physiques et sexuelles dans l’environnement socio-éducatif. Ces violences se produisent dans un contexte d’impunité et dans un environnement marqué par les dysfonctionnements de la justice. L’on note, à titre illustratif, la faible répression des auteurs de violences, notamment de violences conjugales et la corruption dans le système judiciaire, encourageant la récidive et la perpétuation des actes de violence.

De même, le basculement dans la généralisation de la violence se déroule dans une société patriarcale nourrie par des inégalités de genre. La structure culturelle valorise la domination masculine confinant les femmes et filles dans une position de vulnérabilité accrue. D’où la montée en puissance des cas de féminicides (60%) au Cameroun. Cette atmosphère crisogène est densifiée par les discours de haine et les discours de violence dans l’espace public. La recrudescence de ces violences se déroule, par la même occasion, dans un contexte d’absence de projet de civilisation et, surtout, dans un contexte de manque du code de la famille, toujours attendu depuis la moitié des années 80.

You may also like

Leave a Comment

About Us / QUI SOMMES NOUS

Comme son nom l’indique, Panorama Papers est un site d’information générale qui couvre le plus clair de l’actualité mondiale dans toutes ses déclinaisons. Nous avons également une chaîne YouTube où nous vous proposons de superbes interviews et d’autres vidéos d’actualité. Les papiers Panorama sont un produit PANORAMA GROUP, LLC. Nous travaillons avec nos propres moyens, sans sponsors ni mécène, pour vous fournir une information crédible et de qualité.

NOS CONTACTS ET ADRESSES A TRAVERS LE MONDE:

SILICON VALLEY 237 APPELEZ VITE

@Tous droits réservés. Conçu et développé par JETECHNOLOGIE