Par Joël Onana
Une enquête interne menée sous l’autorité du Délégué général à la sûreté nationale, Martin Mbarga Nguele, a révélé que la cargaison de drogue saisie à Douala en 2025, dont la valeur dépassait 600 millions de Fcfa, a tout simplement disparu des scellés de la direction régionale de la police judiciaire du Littoral. Selon les conclusions de l’enquête, les stocks auraient été vendus sur le marché noir pour une trentaine de millions de Fcfa.
Le Commissaire divisionnaire Oumarou, alors directeur régional de la PJ du Littoral, a été limogé dans les dernières heures. Des sources internes indiquent que son arrestation pourrait suivre rapidement, alors que le dossier est examiné pour déterminer l’étendue du réseau de complicité au sein des services de police.
Cette affaire n’est pas isolée. En janvier 2023, le Commissaire divisionnaire Babanguida Ahmadou, ex-chef de la police des frontières à l’aéroport de Douala, avait été limogé pour trafic de drogue et se trouve actuellement écroué à la prison centrale de Yaoundé Kondengui. La répétition de ces scandales alimente le sentiment d’un système de sécurité permeable aux réseaux parallèles et largement influencé par les intérêts privés.
Pour les observateurs politiques et sécuritaires, cette affaire reflète les difficultés du Cameroun à contrôler ses services de police, malgré les déclarations publiques sur la lutte contre la corruption et le trafic de stupéfiants. La disparition des cargaisons saisies illustre une fracture entre les procédures officielles et la réalité de la gestion interne des forces de l’ordre.
Ce scandale s’inscrit dans une logique plus large de critiques sur l’usage des institutions au service d’intérêts particuliers, à l’instar des tensions observées autour du pouvoir présidentiel, de la gestion des ressources pétrolières ou des visites de dignitaires religieux. À ce titre, des voix de la société civile et de l’intelligentsia camerounaise, comme l’écrivaine Calixthe Beyala, dénoncent régulièrement la mainmise d’individus influents sur des institutions censées être neutres et protégées de la corruption.
La Direction générale de la sûreté nationale (Dgsn) supervise toutes les forces de police du Cameroun, y compris la police judiciaire. Les scandales répétés de disparition de drogues saisies et de limogeages successifs révèlent une fragilité chronique dans le contrôle interne. Dans un pays où les institutions sont fortement centralisées autour de la présidence, la transparence et la responsabilité restent des enjeux majeurs, renforçant le scepticisme de la population face aux efforts de réforme annoncés.
