Par Ilyass Chirac Poumie
La Coalition des organisations de la société civile pour les droits de l’homme et la paix dans les régions anglophones et autres régions affectées, regroupant 32 organisations camerounaises, a exprimé son « indignation totale » après le verdict rendu le 19 février 2026 par le tribunal militaire de Yaoundé dans l’affaire du massacre de Ngarbuh.
Dans un communiqué publié le 23 février, la coalition qualifie la décision judiciaire de « verdict de la honte » et dénonce des peines jugées trop légères au regard de la gravité des crimes commis lors de l’attaque du village de Ngarbuh 3, dans l’arrondissement de Ndu, région du Nord-Ouest.
Le tribunal militaire a condamné le sergent Baba Guida à huit ans de prison ferme. Le gendarme Haranga Gilbert a écopé de dix ans de prison, tandis que le caporal Sanding Sanding a été condamné à cinq ans. L’ancien combattant séparatiste Tata Nfor Maxwell, surnommé « Bullet », impliqué dans l’opération aux côtés d’une milice progouvernementale, a pour sa part été condamné à dix ans de prison après avoir séjourné au Comité national de désarmement, démobilisation et réintégration.
Les accusés ont été reconnus coupables de violation de consignes, coaction de meurtre, destruction, incendie et violences sur femme enceinte à la suite d’une opération militaire menée le 14 février 2020 dans le village de Ngarbuh 3.
Selon les conclusions d’une mission d’enquête menée par la coalition, l’attaque a été lancée dans la nuit du 14 février 2020 vers 3 heures du matin par une opération conjointe impliquant des militaires camerounais, des miliciens progouvernementaux et des bergers armés. Le bilan fait état d’au moins 22 civils tués, dont neuf hommes, sept femmes et six enfants, parmi lesquels trois de moins de trois ans. Plusieurs corps ont été retrouvés calcinés et de nombreux habitants ont été blessés.
La coalition dénonce également le rejet par la juridiction militaire de la constitution de partie civile des familles des victimes et le refus d’accorder les 1,7 milliard de francs Cfa de dommages et intérêts réclamés par les ayants droit.
Les organisations de la société civile affirment en outre que le procès, ouvert le 17 décembre 2020, a été entaché de graves irrégularités, notamment le refus du tribunal d’admettre certaines preuves jugées essentielles, dont des certificats de décès permettant d’identifier toutes les victimes.
Elles regrettent par ailleurs que les officiers supérieurs ayant autorisé ou supervisé l’opération n’aient jamais été arrêtés ni inculpés, tout comme plusieurs miliciens progouvernementaux accusés de participation directe au massacre et toujours en fuite.
La coalition appelle à un réexamen du jugement par la Cour d’appel du Centre et exhorte les autorités camerounaises à respecter leurs obligations internationales en matière de droits humains, notamment celles découlant de la Déclaration universelle des droits de l’homme et de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples.
Le massacre de Ngarbuh, survenu le 14 février 2020 dans la région anglophone du Nord-Ouest, avait suscité une vive indignation internationale dans le contexte de la crise séparatiste qui oppose depuis 2016 les forces gouvernementales camerounaises à des groupes armés indépendantistes réclamant la création d’un État appelé Ambazonie. Les organisations de défense des droits humains continuent de dénoncer l’impunité entourant les exactions commises contre les civils dans les régions anglophones.
