Par Ilyass Chirac Poumie
Le Pape Léon XIV effectuera du 15 au 18 avril 2026 une visite à Yaoundé, Bamenda et Douala, officiellement à l’invitation de Paul Biya. Mais ce déplacement, présenté comme apostolique, est perçu par certains comme un instrument diplomatique et politique au service du pouvoir en place.
La contestation monte rapidement. L’écrivaine et intellectuelle franco-camerounaise Calixthe Beyala, connue pour son engagement critique envers les régimes africains et la défense des droits civiques, dénonce publiquement ce qu’elle considère comme une compromission morale : « Un franc-maçon du 33ème degré appelé Léon XIV. Le pape sera au Cameroun, il serrera la main des criminels. Quelle différence entre lui et Trump ? Des Américains racistes. On peut assassiner des Camerounais, il s’en fiche. Il s’en va s’emplir les poches, c’est tout. Le Vatican est pauvre et moi, je cesse d’aller à l’église Catholique Apostolique. Et vous ? »
La critique de Beyala souligne la perception d’un Pape détaché des réalités locales, et d’une visite qui pourrait légitimer un régime contesté, au moment même où le Cameroun connaît des tensions dans les régions anglophones et des accusations récurrentes de répression et de corruption.
Le père Ludovic Lado, prêtre jésuite et figure respectée de l’Église catholique locale, rejoint cette analyse. Il met en garde contre une lecture politique de la visite et rappelle que la mission de l’Église consiste à défendre les opprimés et la justice sociale, et non à cautionner des dirigeants accusés de violations des droits humains.
Selon plusieurs sources proches du Vatican et du gouvernement camerounais, l’organisation de la visite a été marquée par des pressions politiques, et certains observateurs pointent la proximité du régime avec le Saint-Siège, parfois interprétée comme un effort pour renforcer la légitimité internationale de Paul Biya avant les échéances électorales à venir.
Cette polémique illustre une difficulté majeure pour le Vatican : concilier le rôle spirituel du Pape avec les enjeux politiques locaux, dans un pays où la religion et le pouvoir sont étroitement imbriqués. Des intellectuels, des religieux et des acteurs de la société civile avertissent que si la visite est perçue comme un soutien implicite au régime, elle risque d’alimenter la défiance des Camerounais envers l’Église et de polariser encore davantage l’opinion publique.
Le Cameroun est dirigé depuis 1982 par Paul Biya. Les visites de hauts dignitaires religieux ont souvent été interprétées comme des gestes diplomatiques à forte valeur symbolique. La polémique actuelle montre combien la figure du Pape, censée incarner l’autorité morale et spirituelle universelle, se retrouve exposée aux jeux de pouvoir locaux et aux tensions sociales, même dans le cadre d’une visite religieuse.
