Par Hajer Elina
Depuis l’annonce des résultats proclamant Paul Biya vainqueur avec 53,66 % des voix, la tension est montée en flèche dans le pays. Des mouvements de protestation ont éclaté dans plusieurs villes telles que Douala, Garoua, Maroua et Yaoundé.
Face à ces manifestations, les forces de sécurité ont répondu par des tirs à balles réelles, des arrestations massives et l’usage de la détention en incommunicado. Selon un communiqué conjoint de la OMCT, de la FIDH et de leurs partenaires, le recours à une force excessive, y compris contre des rassemblements pacifiques, est attesté.
En parallèle, des cas de disparitions forcées — personnes arrêtées puis disparues sans qu’aucune information ne soit communiquée à leurs familles — sont dénoncés comme un phénomène récurrent dans le pays. Un rapport de la Centre for Human Rights (UP) rappelle que « chaque année, des amis et des proches de disparus ont vu leurs êtres chers s’évaporer après une arrestation, une détention ou un enlèvement » au Cameroun.
L’opposant principal, Issa Tchiroma Bakary, qui conteste la validité du résultat officiel, a lancé un ultimatum de 48 heures au gouvernement pour la libération de tous les détenus liés aux manifestations — tout en accusant l’État de « terrorisme d’État » et de « purges ethniques ».
Le climat est d’autant plus préoccupant que, selon la FIDH et ses partenaires, les autorités n’ont pas engagé d’enquêtes indépendantes à ce jour sur les allégations de torture, de détention arbitraire ou de disparition forcée, ce qui renforce l’impunité.
Des familles dénoncent que leurs proches ont été emmenés par les services de sécurité, puis plus aucun contact n’a été possible. L’ombre des conflits régionaux — notamment dans les régions anglophones — et des méthodes utilisées lors des opérations de maintien de l’ordre contribuent à cette dynamique.
Le Cameroun traverse depuis plusieurs années une crise multidimensionnelle : un contentieux dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, des tensions électorales régulières, et des pratiques persistantes d’arrestation arbitraire et de détention en incommunicado.
Dans le contexte électoral actuel, le pouvoir en place depuis plusieurs décennies, représenté par Paul Biya, a été réélu pour un huitième mandat, déclenchant un regain de contestation. Des organisations internationales avaient alerté avant l’élection sur les risques d’usage excessif de la force et d’atteintes aux libertés fondamentales.
La pratique de la disparition forcée — dans laquelle une personne est placée hors de la protection de la loi par l’État ou des agents agissant avec son accord tacite — avait déjà été signalée dans le pays comme une « épidémie ».
La situation actuelle porte donc non seulement la marque d’une crise post-électorale classique, mais s’inscrit aussi dans un schéma plus large de répression politique et de droits humains fragilisés. Le chemin vers la transparence, la justice et la pleine responsabilité des acteurs reste encore très long.
