Par Léopold DASSI NDJIDJOU
“Le Cyberespace et terrorisme au Cameroun : esquisse de prolégomènes à la cyber stratégie camerounaise”, est l’ouvrage de Jean-Christophe Nkoa, lieutenant-colonel Docteur en dédicace l’après-midi de ce jour-là.. Autour de lui, il y a le Pr Vincent Ntuda Ebode qui modérait, le capitaine de vaisseau Cyrille Serge Atonfack Guemo, chef de Division de la communication au ministère de la Défense qui a présenté la note de lecture et le professeur Bell Bidjoka, enseignant de cybersécurité qui a exposé sur les enjeux de la sécurité dans le cyberespace camerounais. La dédicace du livre par l’auteur est venue mettre un terme à ce moment de partage de savoirs stratégiques, de la Défense du Cameroun tout simplement. Pour ouvrir le bal, le Pr Vincent Ntuda Ebode qui dirige le Centre de recherches d’études politiques et stratégiques ( Creps) de l’université de Yaoundé 2 a édifié l’assistance , tout yeux, tout oreilles , sur le dynamisme des espaces géopolitiques, dont il a dénombré cinq types. Il a de ce fait parlé des espaces souverains et territoriaux, les espaces de rivalité, les espaces stratégiques, les espaces dits zones d’influences et de frictions et les espaces fonctionnels. L’analyse géopolitique de ces espaces s’impose pour comprendre la dynamique des conflits cybernétiques. Par ailleurs, en tant que postfacier de l’ouvrage, il précise que l’auteur centre sa réflexion sur la mutation du cyberespace en un théâtre opérationnel de guerre, plaçant la cyberdéfense et la cybersécurité au cœur des enjeux contemporains de la lutte contre les menaces insurrectionnelles et terroristes. En réalité, le crédo de son analyse repose sur la mise en exergue de l’influence que les cybermenaces informationnelles des groupes insurrectionnels et terroristes ont dans les opérations. Il s’agit des groupes comme Boko Haram dans la région de l’Extrême-Nord, ou des mouvements armés séparatistes, qui mènent des actions contre les forces de défense dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun.
Ainsi, le cyberespace est devenu un théâtre conflictuel et un cadre épistémique des études stratégiques. Quant à l’auteur, tout en remerciant “ ses maîtres” , dont les professeurs Vincent Ntuda Ebode et Alain Didier Olinga ou Mathias Owona Nguini, le haut commandement de l’armée, le Mindef et le chef de l’État, il a dit attendre la critique utile qui va permettre d’évoluer la recherche dans le champ de la cybersécurité. Il se confie à la presse à la fin de la dédicace en ces termes: “Nous avons fait une analyse approfondie des mécanismes opérationnels qui sont déployés par les différents groupes dans le cyberespace, les dispositifs de régulation et de protection qui sont mis en place par l’Etat et surtout les contraintes auxquelles ces dispositifs font face et enfin notre ouvrage fait des propositions pour améliorer ces dispositifs.” En ce qui concerne le Pr Bell Bidjoka, il a démontré que l’être humain est un être cybernétique. L’action des hommes vient du monde immatériel, du monde cybernétique et que le moi ou le soi, est informationnel. Dans ce monde, on ne saisit que les phénomènes des choses et non les noumènes. On n’a accès qu’à la forme de ce qui existe comme l’affirmait Emmanuel Kant dans son ouvrage “ La critique de la raison pure “.
La note de lecture de Cyrille Serge Atonfack Guemo
La note de lecture faite par le capitaine de vaisseau Cyrille Serge Atonfack Guemo, a jeté une lumière certaine sur la perception du livre de Jean-Christophe Nkoa. En présence du ministre chargé de missions à la présidence de la République, Benoît Ndong Soumhet et du gratin de l’armée , l’orateur a commencé en indiquant que l’ouvrage du Lieutenant-colonel Jean-Christophe Nkoa relève d’un essai scientifique spécialisé de réflexion avant-gardiste, pionnière et stratégique. Ensuite, il a confié que le lieutenant-colonel Jean-Christophe Nkoa est officier des Forces de Défense camerounaises, issu de la promotion « Général de brigade Abdoulaye Oumarou Garoua » de l’École militaire interarmées (Emia). Diplômé de l’École du commissariat de Salon-de-Provence en France, il est titulaire d’un Master 2 en sciences politiques de l’Université Jean Moulin Lyon III et d’un Master 2 en droit public de l’Université Paul Cézanne d’Aix-Marseille. Il obtient un doctorat (PhD) en sciences politiques à l’Université de Yaoundé II-Soa en 2021. S’agissant de la structure, l’ouvrage paru le 16 septembre 2025 chez l’éditeur Publibook à Nîmes en France, dans sa collection spéciale intitulée « Connaissances et Savoirs », affiche environ 303 pages, dont une préface du Professeur Joseph Vincent Ntuda Ebode et une postface du Professeur Alain Didier Olinga. Ce livre est structuré en deux grandes parties, chacune subdivisée en deux chapitres. La première partie porte sur la mécanique opérationnelle du cyberterrorisme au Cameroun et analyse les dispositifs existants de régulation et de protection. La seconde partie s’intéresse à l’ambition de construire un nouveau paradigme pragmatique et cyber-sécuritaire national.
Bien plus, le capitaine de vaisseau fait savoir que l’auteur centre sa réflexion sur la mutation du cyberespace en un théâtre opérationnel de guerre, plaçant la cyberdéfense et la cyber sécurité au cœur des enjeux contemporains de la lutte contre les menaces insurrectionnelles et terroristes. En apportant un éclairage nouveau et une entrée originale, l’auteur relève que les groupes armés mobilisent internet pour décrédibiliser et délégitimer les forces de Défense sur les théâtres d’opérations, et suggère que les forces en retour, opèrent inversement et efficacement dans le cyberespace afin de garder le soutien de l’opinion publique. L’enrichissement conceptuelle du livre est indéniable. Ainsi le Cyberespace est concept qui renvoie à l’environnement virtuel créé par l’interconnexion mondiale des outils de télécommunication notamment, mais pas exclusivement via Internet. Pour la géostratégie, le cyberespace constitue « un nouveau milieu » qui se superpose aux milieux traditionnels. Il est important de préciser qu’aucune définition universelle n’a été établie pour le cyberespace ; les définitions connues sont en fonction des préoccupations et des intérêts des parties impliquées.
La Cybersécurité est encadrée juridiquement par la loi n 2010/012 du 21 décembre 2010 relative à la cybersécurité et la cybercriminalité au Cameroun, qui renvoie celle-ci à l’ensemble de mesures de prévention, de protection et de dissuasion d’ordre technique, organisationnel, juridique, financier, humain, procédural et autres actions permettant d’atteindre les objectifs de sécurité fixés à travers les réseaux de communications électroniques, les systèmes d’information et pour la protection de la vie privée des personnes. Quant au concept de Cyberdéfense, il est au centre des innovations en matière de sécurisation contemporaine des États. Elle fait référence à l’ensemble des mesures, techniques ou non permettant à l’État camerounais de défendre dans le cyberespace, les systèmes d’informations qu’il juge essentiels. Le Cyberterrorisme désigne l’utilisation d’Internet à des fins terroristes et englobe des actes, tel que le cyberdjihadisme. Elle est une attaque préméditée et politiquement motivée contre l’information, les systèmes informatiques et les données de cibles non combattantes par des groupes subnationaux ou des agents clandestins. Enfin, la Cyberstratégie est distincte de la stratégie militaire. Elle renvoie à la stratégie développée par un Etat, un groupe, un individu, pour renforcer son contrôle et sa puissance dans le cyberespace, perçu à la fois comme enjeu, théâtre et instrument et des rivalités contemporaines.
Par ailleurs, sur le plan doctrinal, l’auteur propose des concepts novateurs tels que la « numérisation du lien armée-nation », la « cyberdéfense populaire » ou encore la « défense populaire numérique ». Alors que sur le le plan normatif, il salue fort opportunément l’adhésion du Cameroun aux instruments juridiques internationaux de référence du champ de la cybersécurité, tout en soulignant la nécessité de renforcer le cadre légal existant. Sur le plan institutionnel, il recommande la création de structures spécialisées dédiées à la cybersécurité. Enfin, en matière de formation, il introduit la figure du « soldat-carrefour » ou du « caporal stratégique du numérique », capable de s’adapter aux exigences opérationnelles contemporaines. Pour terminer sa noté de lecture, Cyrille Serge Atonfack Guemo est d’avis que cet ouvrage reflète les préoccupations contemporaines, éclaire les décideurs, chercheurs et acteurs de la sécurité, la communauté scientifique sur les enjeux cruciaux de la souveraineté numérique camerounaise. Il met en lumière un théâtre d’opérations inédit : l’univers numérique, devenu une arme stratégique pour les groupes terroristes et séparatistes.
