Par Serge Aimé BIKOI
La première leçon est la grande mobilisation des catégories sociales au scrutin du 12 octobre. Jeunes, femmes, hommes, personnes du 3ème et du 4ème âge se sont déployés, tous azimuts, pour se rendre aux urnes et ont affiché leur détermination à exiger le changement à la tête de l’État du Cameroun. La deuxième leçon est l’expression de l’individualisme de certains leaders politiques et candidats à la présidentielle. En effet, onze candidats ont été incapables de mutualiser leurs énergies et de s’unir pour désigner un candidat consensuel. En dépit des voix concordantes du bas-peuple appelant à l’unisson, voire à l’unité des acteurs politiques de l’opposition camerounaise, des candidats sont allés en rangs dispersés flagellant et fragmentant les suffrages dans l’ensemble des bureaux de vote.
La troisième leçon est le vote sanction contre des élites politiques malgré le marchandage des personnalités publiques. Des premières tendances obtenues dans certaines régions camerounaises témoignent, manifestement, de ce que les citoyens électeurs rationnels ont effectivement consommé les ingrédients électoraux (viandes, pains sardine, tee-shirts, polos, pagnes, sacs, stylos, cahiers, casquettes, chaussures, montres, etc) offerts par les élites politiques urbaines. Mais dans le secret des urnes, ils ont voté en leur âme et conscience. La quatrième leçon est liée au constat d’une diaspora insignifiante politiquement. Au regard des mouvements de contestation et de protestation orchestrés par des compatriotes de l’étranger, plus d’un s’attendaient à une grande mobilisation de cette catégorie.Mais au finish, selon les tendances rendues disponibles, le nombre total des Camerounais de la diaspora concernés par l’élection présidentielle ne dépasse pas la barre de 10.000 électeurs. Or, la diaspora camerounaise se chiffre à plusieurs milles milliers.
La cinquième leçon est liée au regret des intimidations et menaces récurrentes proférées par le ministre de l’Administration territoriale (Minat) à l’endroit de certains candidats à la présidentielle ciblés. Paul Atanga Nji a, à deux reprises, avant et quelques instants après le déroulement du scrutin, mis en garde un leader politique qu’il soupçonnait de s’apprêter à revendiquer sa victoire au soir ou lendemain du scrutin. Le porte-parole du candidat du Front pour le salut national du Cameroun (Fsnc), Jean Moïse Mbog, qui s’est senti concerné, a exprimé son courroux sur les antennes de la télévision nationale le 12 octobre au cours d’une émission présentée par Aimé Robert Bihina. Le cadre du parti de Tchiroma demande, d’ailleurs, au Minat de cesser toute menace et toute intimidation à l’encontre des Hommes politiques. La sixième leçon est l’option pour l’autoproclamation comme président de la République d’un candidat à la présidentielle. Comme en 2018, où Maurice Kamto, alors leader national du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc), s’était déclaré vainqueur, aujourd’hui en 2025, Issa Tchiroma Bakary, lui aussi, entre en scène et s’autoproclame président de la République. Depuis sa ville natale, Garoua dans la région du Nord, le leader national du Fsnc a appelé l’actuel président de la République sortant à reconnaître sa défaite et invite les autorités administratives et forces de maintien de l’ordre à ne pas se faire l’ennemi du peuple. Issa Tchiroma Bakary a, par ailleurs, salué le courage et la bravoure des Camerounais qui ont voté et, surtout, surveillé le vote. L’autoproclamation comme président de la République est, désormais, un phénomène politique à la mode au lendemain du scrutin présidentiel.
La septième et dernière leçon est le constat de la rupture entre les locataires des partis Yango et les leaders desdits partis politiques les ayant investi à l’élection présidentielle. Ils sont, en effet, accusés de tous les maux par les chefs de ces partis. Sa Majesté Célestin Bedzigui se désolidarise, par exemple, de Ateki Seta Caxton après son soutien à Issa Tchiroma Bakary. Le président national du Parti de l’Alliance libérale qualifie cette posture d’une attitude contraire à ses principes de loyauté et de cohérence politique. Au niveau du Front des démocrates camerounais (Fdc) de Denis Emilien Atangana, le candidat Hiram Samuel Iyodi est accusé d’avoir fait le tourisme électoral dans des aires culturelles camerounaises et d’avoir dérogé aux engagements pris par le parti l’ayant investi. Hiram Samuel Iyodi a répliqué et soutient que D.E. Atangana a voulu le contraindre à rallier le candidat du parti au pouvoir. Toute chose à laquelle il s’est fermement opposé.
